Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Des fresques médiévales découvertes à Poitiers

C'est une révélation à deux étages. La conservation des monuments historiques de la région Poitou-Charentes savait depuis un certain temps déjà que des centaines de mètres carrés de fresques médiévales avaient été retrouvés dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Elle vient d'en organiser une visite pour le faire savoir à la presse. Les journalistes ont découvert un ensemble en voie de dégagement. Dégagement plus lent que prévu. Les peintures ayant été «brossées» au XVIIIe siècle, avant la pose d'un badigeon, elles ont été fragilisées. Les ouvriers hautement spécialisés n'en dégagent pas un mètre carré par personne et par jour, mais un mètre par semaine. 

Tout a commencé en 2012 par une banale infiltration d'eau. Elle a amené à des sondages sous les enduits. Il y avait des peintures au-dessous. Il ne s'agissait pas vraiment d'une surprise. Des sources écrites parlaient de ces décor disparus, remontant au XIIIe siècle. L'étendue de ces fresques a cependant étonné. Il y en a au moins 750 mètres carrés. Une étendue à laquelle il faudra ajouter une autre. De nouvelles inspections ont en effet révélé d'autres ensembles se nichent sur les voûtes du transept central. On aimait la couleur, au Moyen Age!

Un ensemble exceptionnel 

N'empêche que le tout apparaît colossal. Pour le restaurateur Brice Moulinier, qui travaille avec sa spatule dans une main et une seringue de colle dans l'autre, c'est le plus beau chantier de ces quarante dernières années en France. Non seulement la qualité esthétique des peinture se révèle exceptionnelle, mais il s'agit d'un travail ayant dû coûter une fortune à l'époque. Le bleu est de l'azurite. Le rouge du cinabre. Les artistes, bien sûr anonymes, ont utilisé des pigments de luxe. Ils devaient répondre aux coloris des vitraux, eux aussi en réparation. Notons qu'il s’agit là d'un chantier plutôt économique. Il coûtera à l'Etat, propriétaire de la cathédrale, entre 700.000 et 800.000 euros d'ici le printemps 2016. 

La découverte n'est pas vraiment unique. Des fresques apparaissent parfois. Il y a quelques années, la cathédrale de Bourges, l'une de plus belles de France avec ses cinq nefs, offrait ainsi des créations murales plus tardives. Le XVe siècle. Elles aussi s'étaient vues masquées au XVIIIe, un siècle terrible pour l'art médiéval français. On parle volontiers d'iconoclasme révolutionnaire. C'est oublier qu'il avait été précédé (et en partie justifié) par des changements de mode ou de rites. L'interdiction des jubés, cachant la messe aux fidèles, a amené leur destruction à la masse, comme à Chartres (1). Le désir de lumière a provoqué la dépose de verrières. Le dédain pour l'art gothique, et plus encore roman, a amené des plâtrages. Le fameux tympan d'Autun, signé Gislebertus, a été sauvé de la Révolution par une couche de stuc apposée en 1766. 

(1 Il en subsiste des débris. L'un d'eux figurait, il y a quelques années, dans le commerce d'art parisien.

Texte intercalaire.

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