Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Chambord dépasse pour la première fois le million de visiteurs

Crédits: Domaine de Chambord

Merci Emmanuel! Le 17 décembre dernier, Macron fêtait ses 40 ans à Chambord, faisant exploser le nom du château dans la presse nationale. Cette dernière aura neuf fois plus parlé du domaine créé en 1519 par François Ier en 2017 que les autres années. Mais il n'y a pas eu que ça. Toujours sous le signe de la monarchie républicaine, Chambord faisait un carton l'été dernier avec une exposition sur «Georges Pompidou et l'art». Quelques mois plus tôt, les visiteurs pouvaient découvrir la première partie de la reconstitution des jardins à la française dans leur état de 1734. L'endroit est ainsi parvenu à attirer pour la première fois plus d'un million de visiteurs: 916 588 pour le bâtiment lui-même plus 133 186 pour les activités dites de loisirs. Un véritable bond depuis 2016, une année qui se situait dans une honnête moyenne. Plus 25,92 pour-cent. 

C'est une bonne nouvelle pour un chef-d’œuvre de l'architecture, dont la survie est toujours restée problématique. Trop grand. Ecarté de tout. Inchauffable. Inhabitable. A la mort de François Ier en 1547, Chambord restait en partie inachevé. Il ne sera terminé que sous Louis XIV, qui n'y viendra quasi jamais. Ses hôtes de prestige (Stanislas Leczynski, beau-père de Louis XV, puis le maréchal de Saxe) y vinrent le moins possible au XVIIIe siècle. Berthier, à qui il fut donné par Napoléon, y fit une seul visite. C'était à sa mort une ruine vouée à la démolition. Tout aurait mal fini si les légitimistes ne l'avaient pas donné à Marie-Caroline, duchesse de Berry, en 1820. Elle venait de donner, sept mois après la mort de son mari, un héritier au trône des Bourbons.

Un gouffre financier 

La duchesse effectuera des travaux, mais elle se verra chassée de France par la Révolution de 1830. Son fils ne régnera jamais, même si le «comte de Chambord» frôlera le trône dans les années 1870. Il fera de loin entretenir l’immense bâtiment, qui passera à ses héritiers. L'Etat le rachètera en 1930 seulement, ne sachant trop qu'en faire. Le domaine de 50 kilomètres carrés, ceint de murs, se révélera d'un entretien exorbitant. A peine moins cher que Versailles. La France doit se féliciter que bien d'autres demeures royales, de Marly à Saint-Cloud en passant par le Château de Madrid (qui se trouvait dans l'actuel Bois de Boulogne) aient disparu... Avec un million de visiteurs venu pour des activités diversifiées, les choses peuvent sainement se voir remises en perspectives. Normal. Ces dernières sont à nouveau signées par le jardinier André Le Nôtre. 

Photo (Domaine de Chambord): Le château pendant la reconstitution des parterres imaginés par André le Nôtre en 1682 et réalisés seulement en 1734.

Texte intercalaire.

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