<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Pas la bulle, la bascule

«Il n’y a pas de bulle.» Bernard Nicod tape fort du plat de la main la table devant lui dans le restaurant où nous déjeunons. Et il incarne bien à lui tout seul l’énervement des professionnels de l’immobilier face au risque pointé du doigt depuis des mois par les services d’études des banques et la presse.

Il est vrai qu’ils n’étaient pas beaucoup à la fin des années 80 à prévoir la catastrophe. En Suisse romande, les Madoff de la pierre achetaient le matin un immeuble qu’ils revendaient avec plus-value l’après-midi. Du coup, aujourd’hui, la prudence est de mise. Nous n’en sommes, certes pas, aux excès d’alors et à la crise qui a suivi. Mais les effets de la gueule d’après-fête se font sentir. Le marché est à l’arrêt en Suisse romande pour certains objets, les transactions diminuent et la tendance pointe vers la baisse.

«L’action UBS, qui valait près de 80 francs, n’en vaut plus que 15: personne n’a envie d’entendre leurs prévisions!», tonne Bernard Nicod. Aujourd’hui,  les banques jurent qu’elles ont appris du passé et le Conseil fédéral, comme la Banque nationale suisse, monte la garde. Mais que pourront ces derniers face à une flambée des taux d’intérêt? Car tout le secteur de la pierre repose, certes, sur l’attractivité d’une région mais surtout sur un environnement mondial de taux d’intérêt très bas. Les conditions de crédit pourraient se resserrer car la Banque centrale américaine - qui donne le ton - ne continuera pas à prêter à un niveau si accommodant. Les Etats-Unis, tout comme bon nombre de pays de l’Union européenne, s’orientent  vers une dégradation de leur qualité de débiteur, une baisse de leur note souveraine et un relèvement de leur condition de crédit. L’argent pas cher chez nos partenaires, c’est fini, une mauvaise nouvelle pour nos banques.

Baiser mortel?

Pour éviter que le baiser des taux élevés ne soit mortel, la Suisse devra miser sur la qualité de son marché immobilier, la solidité de ses banques, des acteurs de la profession et des clients finaux. Tous donnent à ce stade des signaux de robustesse. La restriction de l’utilisation de la LPP, les mesures prises par le Conseil fédéral sur les hausses de couverture des prêts des banques et même la Lex Weber sont à voir comme un «stress test» général afin de se préparer au point de bascule.

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