Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARS/Le Louvre présente les architectures de papier d'Israël Silvestre

Crédits: Musée du Louvre, Paris 2018

C'est un peu tard. Ce n'est cependant pas trop tard. Jusqu'au 25 juin, le Louvre propose une large sélection de ses estampes, et surtout de ses dessins d'Israël Silvestre (1621-1691). Un homme sur lequel les expositions restent pour le moins rares. Le musée possède l'essentiel du fonds conservé de celui qui fut «graveur et dessinateur du Roi». Une charge conservée par ses descendants. Elle comprenait la formation aux arts graphiques du dauphin. Le fils de Louis XIV, le Grand Dauphin qui connut la malchance de mourir avant son père, eut ainsi Israël comme maître.

Silvestre est Lorrain, né à Nancy. A dix ans il perd ses parents. La Guerre de Trente Ans, la plus meurtrière qu'ait connu l'Europe en termes de pertes civiles, divise alors parfois les populations germaniques par deux. L'enfant se réfugie à Paris chez son oncle, peintre, graveur et marchand d'art. Israël Henriet diffuse des créateurs impiortants comme Jacques Callot, dont Silvestre héritera les cuivres à sa mort en 1661. Le débutant peut accomplir plusieurs voyages formateurs en Italie. On connaît ainsi grâce à lui l'agencement de certains lieux romains, comme la piazza del Popolo, avant les urbanisations du XIXe siècle.

Versailles, Vaux ou Meudon 

L'essentiel du parcours d'Israël, jusqu'au bout couronné de succès, restera cependant français. L'homme diffuse l'image de Versailles dans tous ses états successifs («il n'est rien ici qui n'ait été refait au moins dix fois», écrivait la Princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV) et ses fêtes éphémères comme «Les plaisirs de l'île enchantée» (1). Auparavant, il avait fixé l'évolution de Vaux-le-Vicomte, la résidence du surintendant disgracié Nicolas Fouquet. Il représente aussi vers 1680 Meudon, résidence du Grand Dauphin, dont il ne subsiste plus grand chose. Il donne aussi une série de planches sur la maison très originale de son ami le peintre Charles Le Brun à Montmorency. Là, il ne reste franchement rien. C'est aujourd'hui une banlieue. 

Une des grandes commandes dont bénéficie notre ami Silvestre, en parallèle avec Adam-François van der Meulen, se révèle d'un autre type. Le roi voulait des vues des villes nouvellement conquises à l'Est. Il s'agit de très grandes feuilles, aujourd'hui précieuses. Une cité comme Metz a complètement changé depuis. Les autres agglomérations ont de toutes manières perdu leur proche campagne et leurs fortifications. Il n'en reste que quelques monuments au centre. Le trait se révèle ici délicat. Subtil. Varié. Il n'annonce pas par sa sécheresse la gravure qui va suivre.

Une famille d'artistes 

Silvestre fait donc partie d'une famille d'artistes, comme c'était le cas dans une France très corporatiste. Ses descendants, en particulier son fils Louis, réussiront aussi de belles carrières. Une institution devrait une fois en rendre compte. En attendant, vous pouvez toujours voir l'exposition d'Israël Silvestre. Elle est due aux compétences jointes de Juliette Trey et de Bénédicte Gady, qui vient de passer du Cabinet des arts graphiques à celui du Musée des arts décoratifs. 

(1) Il y a aux cimaises d'étonnantes vues de Versailles comme survolé d'avion, alors que celui-ci demeurait bien sûr à inventer.

Pratique

«La France vue du Grand Siècle, dessins d'Israël Silvestre», Musée du Louvre, rue de Rivoli, Paris, jusqu'au 25 juin. Tél. 0331 40 20 50 50, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours sauf mardi de 9h à 18h, les mercredi et vendredis jusqu'à 21h45.

Photo (Musée du Louvre): La maison de Charles Le Brun à Montmorency, dont il ne reste rien.

Texte intercalaire.

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