Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Thomas Langmann vend la collection de son père Claude Berri

Crédits: AFP

On connaît maintenant la fin de l'histoire. Ou presque. La collection du cinéaste Claude Berri, mort en janvier 2009 à 74 ans, va finir aux enchères cet automne à Paris chez Christie's. Il n'y aura pas moins de cinq vacations pour liquider 400 œuvres. Tout, et de loin, ne figurera pas dans les catalogues. D'une part les héritiers ont déjà cédé des pièces phares. De l'autre, son fils Thomas Langmann garde certaines choses, comme un relief de Jean Arp, une sculpture Fang ou des œuvres d'Henri Michaux, d'Alberto Giacometti ou de Jean Dubuffet. On ignore les intentions de son demi-frère Darius, né du second mariage de Berri avec la costumière Sylvie Gautrelet. 

C'est Roxana Azimi, du «Monde», qui a annoncé la nouvelle il y a quelques jours. Comme elle procédé sous la forme d'en entretien avec Thomas Langmann, devenu producteur comme son père («The Artist», c'est lui), le lecteur sent qu'elle marche sur des œufs. Il s'agit de rappeler, mais pas trop, que Thomas et Darius ont vendus en 2011 neuf pièces phares (quatre Ryman, un Fontana...) «vraisemblablement au Qatar». L'affaire avait fait grand bruit à l'époque. L'ensemble était prévu comme dation. Beaubourg aurait dû recevoir ces œuvres en paiement des énormes droits de succession. Les deux fils avaient préféré une offre (très) supérieure. On a parlé de 50 millions d'euros. Le Centre Pompidou l'avait pris dans les gencives. En mai 2016, Thomas seul écoulait de plus, après partage, un cinquième Ryman pour 9,5 millions de dollars chez Christie's New York.

Un amateur boulimique 

Qu'y aura-t-il alors, à la fin octobre? De l'Yves Klein, du Matta, du Buren, du Jeff Wall, du Kounnelis, mais aussi des artistes moins cher, comme la Bâloise Silvia Bächli. Claude Berri, qui avait aussi réuni une collection prestigieuse mais assez conventionnelle de photographies (revendue de son vivant), était l'un des amateurs d'art contemporain les plus dynamiques de France. Un des plus boulimiques aussi, avec un esprit d'ouverture assez étonnant. L'unique fois où je l'ai vu, il était ainsi à Genève, chez le galeriste Jacques Benador. L'homme avait ainsi entassé dans son appartement de la rue de Lille, dont le rez-de-chaussée marchand était occupé par un espace, formé d'une immense librairie d'art  et d'une galerie d'exposition. Lui-même affirmait du reste continuer à travailler dans le cinéma "pour collectionner". 

Si je lis bien Roxana Azimi, ce rapport fusionnel avec des œuvres avait été mal perçu par Thomas. Un sentiment de frustration et de jalousie. «C'était compliqué pour moi de posséder ce qui était à lui.» Il faut dire que leur histoire est difficile, ce que tait pudiquement la journaliste. La mère de Thomas, Anne-Marie Rassam (sœur d'un autre producteur...) s'était défenestrée. Julien, le frère de Thomas, avait ensuite mis fin à ses jours en 1999. Divorcé d'Anne-Marie, Claude avait à nouveau convolé. Il a eu un troisième fils. Puis le réalisateur-producteur a lié son destin à celui de la romancière Nathalie Rheims, fille de Maurice, le commissaire priseur légendaire, et sœur de Bettina, la photographe pseudo chic et pseudo choc. Notons au passage que Claude n'a jamais épousé Nathalie, ce qui l'a exclue du partage. Sans animosité apparemment. Il suffit de voir les photos solidaires des obsèques. Son nom ne figure du coup pas dans l'article.

Un besoin d'argent frais

Mais pourquoi Thomas vend-il, au fait? Par nécessité d'argent. Il n'est bien sûr pas dans le besoin. Inutile de prévoir à son intention un colis de survie, avec nourriture et chaussettes chaudes. Seulement voilà! Il a attrapé le virus. «Or, pour collectionner, il faut de l'argent.» Cela l'a pris tout à coup, il y a deux ou trois ans. Les besoins sont apparemment immenses, puisqu'il compte aussi se séparer de la société de production La Petite Reine. Un détail étrange, cependant. Vous avez beau retourner l'article du «Monde» dans tous les sens. Vous n'avez aucune idée de ce que Thomas Langmann peut bien acheter. On sait juste ce qu'il disperse, officiellement par nécessité. «Une collection que vous recevez en héritage, c'est un peu comme un château, vous finissez par vendre, faute de pouvoir l'entretenir.» Point final.

Photo (AFP): Claude Berri dans son espace de la rue de Lille, à Paris, en 2008.

Prochaine chronique le mardi 19 juillet. Petit tour à l'Hermitage lausannois.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."