Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Que voir et ne pas voir? Mon choix d'expositions

C'est beaucoup, voire trop en même temps. Et il y a en plus eu la FIAC pour monopoliser l'attention médiatique. L'événement bref l'emporte toujours sur ce qui a le défaut de durer. Comment s'y retrouver parmi les expositions parisiennes actuelles? Voici ma petite liste, selon le principe habituel. Le fait de rester court va me rendre un peu plus brutal dans mes rejets. Normalement, quand on me demande mon avis sur place, je fais plutôt un sourire mouillé, genre Mère Teresa accueillant un nouveau lépreux, avant de noyer le poisson. 

Mes cinq coups de cœur

«Beauté Congo», à la Fondation Cartier. De 1926 à nos jours, la vitalité d'un art qui ne se prend pas la tête. Le parcours va à l'envers, en partant de 2015. Il permet ainsi de commencer avec de grandes toiles colorées, comme l'étaient jadis les affiches de cinéma. Le politique devient ainsi ludique. Vu son succès, l'exposition se voit prolongée jusqu'au 10 janvier (www.fondation.cartier.com)
«Wilfredo Lam», au Centre Pompidou. Cubain d'origine africaine, espagnole et chinoise, Lam (1902-1982) illustre tous les métissages. Outre ceux de la pensée et de la peau, il y a aussi ceux des religions, même si Beaubourg élude cette question. Présentée sur un grand plateau, la rétrospective fait du bien à un surréaliste trop négligé. (Jusqu'au 15 février, www.centrepompidou.fr)
«Portraits à la cour des Médicis», au Musée Jacquemart-André. Pontormo, Bronzino et les autres. Au XVIe siècle naît à Florence l'effigie officielle, avec ce qu'elle comporte de symbolisme. L'institution privée a obtenu des prêts importants. Et, pour une fois, les tableaux ne sont pas trop grands pour son espace temporaire. (Jusqu'au 25 janvier, www.musee-jacquemart-andre.com)
«Fragonard amoureux», au Musée du Luxembourg. Le règne de Louis XV a aimé l'art libertin, avant que celui de Louis XVI ne lui fasse donner des cours de morale sous l'influence de Rousseau. Le peintre de Grasse nous livre ici des galipettes sous forme de toiles enlevées ou de lavis fougueux. L'antidote au politiquement correct. (jusqu'au 24 janvier, www.museeduluxembourg.fr)
«Kuniyoshi, le démon de l'estampe», au Petit Palais. Utamaro ou Harunobu étaient restés des graveurs sobres et distingués. Kuniyoshi (1797-1863) a multiplié dans ses 10.000 œuvres les fantômes, les squelettes et les samouraïs en folie. Il est ainsi devenu le grand-père de la manga et du film d'horreur japonais. A découvrir. (Jusqu'au 17 janvier, www.petitpalais.paris.fr)

Cinq choix raisonnés

«Picasso-mania», au Grand Palais. Quelle influence ont exercé (en bien ou en mal) les différents styles de Picasso sur les générations postérieures? Celles-ci l'ont soit cité, soit imité. L'exposition fait le tour de la question avec Maurizio Cattelan, Erró, Warhol, Basquiat, Hockney, Lichtenstein et j'en passe. Il y a en plus là d'excellentes vidéos. (jusqu'au 29 février, www.grandpalais.fr)
«Philippe Halsman, étonnez-moi!», au Jeu de Paume. D'origine lettone, le photographe a connu la gloire aux Etats-Unis. On connaît ses images délirantes de Salvador Dalí et celles montrant ses modèles en train de sauter en l'air. Le père de la «jumpology» a quitté l'Elysée pour refaire la conquête de Paris, où il a vécu dans les années 1930. (Jusqu'au 24 janvier, www.jeudepaume.org)
«Korea Now», au Musée des arts décoratifs. C'est l'année de la Corée. La France en fait comme toujours trop. Le musée accueille ainsi trois bonnes expositions simultanées, une sur l'artisanat, une sur la mode et la troisième sur le graphisme. Et il ne faut pas oublier «Tigres de papier», la manifestation historique du Musée Guimet! (Jusqu'au 3 janvier, www.lesartsdecoratifs.fr)
«Qui a peur des femmes photographes?», à l'Orangerie et au Musée d'Orsay. De 1839 à 1940, de courageuses pionnières se sont lancées dans la mêlée. L'Orangerie commence avec le XIXe siècle, dominé ici par Julia Cameron. Orsay continue en passant en revue l'avant-guerre. La première partie se révèle mieux conçue et mieux aménagée. (jusqu'au 24 janvier, www.musee-orsay.fr)
«Elisabeth Louis Vigée Le Brun», au Grand Palais. Morte en 1842, la portraitiste de Marie-Antoinette n'avait jamais eu droit à sa rétrospective, en dépit du féminisme ambiant. La voici. Elle montre une artiste ambitieuse, mais inégale, souvent trop occupée à flatter ses prestigieux modèles. Mais il y a aussi là quelques merveilles. (Jusqu'au 11 janvier, www.grandpalais.fr)

Cinq expositions plutôt ratées

«Une brève histoire de l'avenir», au Louvre. Le musée s'est allié au Palais de Tokyo pour illustrer un livre de Jacques Attali. On s'attendait au pire. C'est encore pire. Des œuvres très importantes, dont un cycle de tableaux de l'Américain Thomas Cole, et des intervention actuelles parfois réussies se perdent dans un propos prétentieux et inepte. (Jusqu'au 4 janvier, www.louvre.fr)
«Splendeurs et misères», au Musée d'Orsay. Après «Masculin Masculin» ou Sade, voici la prostitution de 1850 à 1910. Orsay racole. Il y a bien sûr là des sommets de Lautrec, de Tissot ou du jeune Picasso. Mais le propos dérange dans sa généralisation. Toute femme travaillant au XIXe siècle était-elle vraiment vénale? (Jusqu'au 17 janvier, www.musee-orsay.fr)
«Warhol: Unlimited», au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Les vaches en papier peint placardées sur la façade confortent le propos. Warhol est bien devenu la vache à lait des institutions vouées à l'art du XXe siècle. Une seule originalité ici. C'est la série des 102 tableaux, rarement vus, composant la série des «Shadows». (Jusqu’au 7 février, www.mam.paris.fr)
«Dominique Gonzales-Foester, 1887-2058», au Centre Pompidou. Désolé. Moi, pas comprendre. Même si Beaubourg présente la Strasbourgeoise, âgée de 50 ans, comme une «artiste majeure de la scène française et internationale», je ne vois pas le sens de son installation sur la mezzanine. Il s'agirait là d'une mémoire vivante. Je préfère oublier. (Jusqu'au 1er février, www.centrepompidou.fr)
«Les mythes fondateurs, d'Hercule à Dark Vador», au Louvre. Le musée a fermé un de ses espaces d'expositions pour créer une «petite galerie», destinée aux enfants. Elle part plutôt mal, avec une exposition fourre-tout mêlant de manière peu claire l'ensemble des cultures antiques et finissant en «promo» pour le film des usines Lucas. (Jusqu'au 4 juillet, www.louvre.fr)

Photo (AFP): Le Picasso géant de Maurizio Cattelan dans "Picasso-mania" au Grand Palais.

Prochaine chronique le jeudi 29 octobre. les Cinémas du Grütli de Genève montrent l'un des grands du cinéma japonais classique, Mikio Naruse.

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