Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Que voir? Ben, Jade, Frédéric Bazille et "De l'alcôve aux barricades"!

Crédits: Bertrand Guay/AFP

Une petite envie d'aller à Paris avant la tourmente des élections présidentielles? Ce ne sont pas les expositions qui manquent. Il y en a même trop. La capitale française connaît en la matière une surchauffe, pour ne pas dire une surproduction. Il n'y a plus assez de public pour tout le monde. La couverture médiatique se restreint par ailleurs, comme je vous l'ai déjà souvent dit. La publicité aussi. De toutes manières, l'amateur ne sait plus où donner de la tête. Voici quelques idées de visites pour lesquelles me manque le temps de faire des chroniques détaillées. En plus, j'ai égaré certaines notes, que je retrouverai sans doute en 2017 quand elles auront perdu toute actualité... Un signe parmi d'autres que la machine tourne un peu à vide. 

Que voir donc, outre les tableaux de la Collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton, «Spectaculaire Second Empire» à Orsay, Cy Twombly à Beaubourg ou le «Tenue correcte exigée» au Musée des arts décoratifs, dont je vous entretiendrai prochainement (1)? Petit tour d'horizon des laissés pour compte. 

«Ben tout est art?» au Musée Maillol. On avait cru le Musée Maillol perdu corps et bien. Il avait fermé ses portes après une désastreuse exposition consacrée aux Borgia. L'institution privée fondée par Dina Vierny, muse et héritière du sculpteur, a repris son activité en septembre avec Ben (2). Le grand saut. On connaît le provocateur franco-suisse, aujourd’hui âgé de 81 ans. Il s'agit ici d'une rétrospective, fort bien faite. Elle donne à l'homme autant de place qu'à l’œuvre, ce qui est bien. On se demande en effet souvent en quoi les tableaux-écritures de Ben constituent des création artistiques. Il y a donc des films. Des enregistrements. Des mises en situation. Plus évidemment sûr sa fameuse carriole, acquise pour Beaubourg dans les années 1970 et peu vue depuis. De quoi méditer les paroles pour ce Niçois pensant à la fois que tout peut devenir art et que son commence actuel tient de l'escroquerie. (Jusqu'au 15 janvier, www.museemaillol.com

«De l’alcôve aux barricades» à la Fondation Custodia. L'Ecole nationale supérieure des beaux-arts constitue à la fois un lieu d'enseignement et un musée. Ce dernier a été rejeté par ses deux derniers directeurs. Emmanuelle Brugerolles, en charge des collections (avant tout de dessins) doit donc trouver d'autres lieux d'exposition. La Fondation Custodia, 121, rue de Lille, se révèle parfaite. Elle offre deux étages entiers, dont un en sous-sol. Le choix a porté sur la fin du dix-huitième siècle français, de Fragonard à David. Il y a là des feuilles célèbres, arrivées par les donations Jean Masson de 1925 ou Mathias Polakovits de 1987. Il s'y voit aussi des «nouveautés». Un cercle d'amis s'est en effet formé afin d'enrichir ces ensembles, dignes du Louvre. Le titre me semble un peu racoleur. Les alcôves ici montrées restent bien sages et il n'y a aux murs aucune barricade. Mais les Greuze, les Girodet ou les Vincent sont superbes. (Jusqu'au 8 janvier, www.fondationcustodia.fr)

«Frédéric Bazille» à Orsay. Je vous avais parlé de cette exposition coproduite avec les USA lors de son lancement l'été dernier à Montpellier, ville natale du peintre. Mort à 29 ans lors de la guerre de 1870, l'artiste a d'autant moins produit que ses parents, des notables méridionaux, lui avaient imposé au départ des études de médecine. L'homme a été lié aux impressionnistes, en particulier à Renoir (qui a fait de lui plusieurs portraits) et à Monet (dont il avait acquis le célèbre «Femmes au jardin» de 1867). A Orsay, qui présente cette rétrospective au dernier étage, en libre accès avec le billet d'entrée au musée, l'ensemble apparaît un peu serré. La faible hauteur sous plafond crée un sentiment d'étouffement. Reste qu'il y a là l'essentiel de la création de Bazille, dont les dernières productions annoncent un rapprochement inattendu vers Puvis de Chavannes. Plus des toiles spectaculaires de ses contemporains, bien sûr! (Jusqu'au 5 mars, www.musee-orsay.fr

«Jade» au Musée Guimet. C'est la pierre chinoise par excellence, et ce depuis la fin de la préhistoire. Pour avoir accès aux variétés les plus séduisantes de cette pierre, les artistes ont cependant dû attendre les conquêtes de Quianlong, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les carrières principales se trouvent au Nord-ouest du pays actuel. L'actuelle exposition embrasse toutes les périodes, avant de se terminer en France avec les inévitables pendules mystérieuses de Cartier, imaginées dans les années 1820 et 1930. Il y a là des choses magnifiques, ayant demandé à leurs auteurs une patience et une agilité inouïes. Les commissaires ont pourtant privilégié le beau par rapport au spectaculaire. Notons que «Jade» n'est pour une fois pas conçu en partenariat avec Pékin, mais avec Taïwan, qui possède de très nombreuses pièces emportées par Tachang Kai Chek à la fin des guerres civiles des années 1940. Est-ce bien diplomatique? (Jusqu'au 16 janvier, www.guimet.fr

(1) J'aurais tout aussi bien pu citer Fantin-Latour au Musée du Luxembourg, Magritte à Beaubourg, La Collection Tessin au Louvre ou encore Maurizio Cattelan à la Monnaie. 
(2) Et une nouvelle organisation, bien sûr! Même le sens du parcours a changé.

 

Photo (Bertrand Guay/AFP): Ben au Musée Maillol. Le perturbateur est aujourd'hui octogénaire.

Prochaine chromique le dimanche 18 décembre. Picasso portraitiste à Londres.

 

 

 

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