Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Picasso rencontre Giacometti. Mais qu'ont-ils au fait à se dire?

Crédits: Succession Giacometti/Fondation Alberto et Annette Giacometti/ADAGP, Paris

Si géniaux que soient les artistes, les fondations et musées monothématiques qui leur sont consacrés finissent par tourner un peu en rond. Il en va ainsi même avec le Musée Picasso de Paris, qui a pourtant repris du poil de la bête depuis que Laurent le Bon s'en occupe. On se souvient pourtant de la remarquable (et récente) exposition sur Picasso sculpteur. Il y avait là non seulement énormément à voir, mais beaucoup à découvrir. 

Il y a trois ans, Laurent le Bon se proposait en tandem avec Catherine Grenier pour reprendre le musée du Centre Pompidou, qui aurait bien besoin d'un coup d'aspirateur, histoire de le dépoussiérer. Cet établissement donne aujourd'hui l'image la plus académique possible d'avant-gardes se succédant les unes aux autres, un peu comme les vagues sur une plage bien fréquentée. L'idée n'a pas séduit. Beaubourg a préféré le vétéran Bernard Blistène. Laurent a quitté Pompidou Metz pour le Musée Picasso. Catherine Grenier a remplacé à la direction de la Fondation Alberto et Annette Giacometi la très contestée Véronique Wiesinger. Une fondation par essence aussi vouée à l'oeuvre d'un seul hmme.

Le lévrier come trait d'union 

Les liens sont visiblement restés tissés. Catherine Grenier propose aujourd'hui au Musée Picasso un accrochage autour des rapports entre Giacometti et l'auteur de "Guernica*, son aîné de vingt ans. Ils ne sont pas aussi évidents que ceux de l'Espagnol avec Braque ou Matisse. Il fallait donc creuser le sujet. Tracer des pistes. Proposer des analogies, ou du moins des équivalences. Tout commence ainsi avec des journaux chargés de dessins, plus deux sculptures montrant l'une la femme enceinte et l'autre une créature longiligne. Les étapes se suivent ensuite. Il y a les «Influences lointaines», «Le vif et le mort» ou le «Passage au plan». La communauté reste intellectuelle, même si Giacometti a commencé un portrait (inachevé) de Picasso, ou si le lévrier afghan de ce dernier qui a servi de base en 1951 pour son célèbre chien, nettement plus maigre que nature. 

L'exposition ne compte que deux étages. Le sujet reste un peu court, en dépit de l'intelligence avec lequel il se voit traité et de la qualité des œuvres présentées. Il faudra pourtant trouver d'autres thèmes, si possible inédits. Or tout a déjà été apparemment dit sur les deux géants, aujourd'hui menacés d'usure visuelle. Que peut-on encore trouver de nouveau? Au lieu de toujours vouloir démontrer, pourquoi ne pas se contenter pendant un certain temps de simplement montrer? Les réserves du Musée Picasso, qui s'enrichit toujours, sont, elles, presque inépuisables.

Pratique 

«Picasso-Giacometti», Musée Picasso, 5, rue de Thorigny, Paris, jusqu'au 5 février 2017. Tél. 00331 85 56 00 35, site www.museepicassoparis.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 18h.

Photo (Succession Giacometti/Fondation Alberto et Annette Giacometti/ADAGP, Paris): Le lévrier de Picasso, revu en 1951 par Giacometti.

Texte intercalaire.

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