Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Mouna Ayoub vend 3000 de ses vêtements

Elle a trente minutes de retard, mais il est neuf heures et demie du matin. Autrement dit, l'aube. Mouna Ayoub arrive tout sourire au nouveau siège de l'étude Cornette de Saint-Cyr, avenue Hoche. Il faut dire que la dame ne saurait faire autrement. Son visage a été si recomposé qu'il semble désormais figé en l'état. «Le chauffeur a fait des détours incroyables pour me poser près de l'Arc de Triomphe, mais me voilà.» 

Si la Koweïtienne est venue parler aux journalistes, c'est pour une raison simple. Elle va vendre aux enchères une partie de sa garde-robe. Environ trois mille vêtements. Une petite sélection est déjà présentée dans deux salons, en ce mardi matin. On se croirait d'autant plus dans un boutique de mode que les ensembles du soir, tout comme les chaussures, semblent neufs. «Mouna fait beaucoup d'achats de soutien auprès des créateurs», explique la spécialiste chargée des quatre jours de vacation. «Autant dire qu'elle porte seulement une petite partie de ce qu'elle achète.»

Rencontre avec un milliardaire

Mais peut-être convient-il maintenant que je vous présente cette créature qui fit beaucoup parler d'elle, il y a une quinzaine d'années, dans les journaux «people». Née en 1957 au Koweït, mais au départ chrétienne maronite, Mouna vient faire ses étude en France. Entre deux cours à Tolbiac, il lui faut travailler pour vivre. C'est ainsi qu'elle rencontre dans un restaurant libanais, où elle est serveuse, un homme d'affaires saoudien de vingt ans plus âgé qu'elle. Amir Al-Rashid l'épouse, après lui avoir fait découvrir une vie de haut luxe. Il s'agit d'un proche du défunt roi Fahd, spécialisé dans l'immobilier. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. 

Le couple a cinq enfants. Convertie à l'islam, Mouna n'en reste pas moins indépendante. Elle se bat quand son mari la quitte pour une autre femme, après dix-huit ans d'union. Accord à l'amiable. La divorcée touche l'équivalent de 63 millions d'euros, qu'elle fera fructifier. Elle pèserait ainsi aujourd'hui 380 millions de dollars. Ne me demandez pas de transcrire ces sommes en francs suisses. Vous savez comment est le cours des changes en ce moment. «J'ai ainsi pu aider à financer mes deux passions, le cinéma et la mode.»

Cher voilier 

Un coup de foudre s'est cependant interféré. En nageant, Mouna découvre en 1997 le voilier Phocéa de Bernard Tapie. Il le lui faut. Absolument. Elle l'achète pour 5,56 millions d'euros, auxquels sont venus s'ajouter de menus frais de décoration. La «restauration» de l'embracation revient à 18,5 millions d'euros. Il faut cela pour recevoir, notamment ce fêtard qu'est l'ex-roi Juan Carlos d'Espagne. Les réceptions tournent apparemment les têtes. Croyant un jour à un naufrage, Mouna enfile une robe de Gaultier («c'était la plus facile à enfiler») et saute par dessus bord en serrant un sac bourré de bijoux assurés 7 millions d'euros. 

Las! Tout a une fin. Alors que les médias l'ont un peu oubliée , Mouna fait une dépression et de l'anorexie. Sa sortie de l'hôpital est suivie d'un choc. Alarmé par les frais du Phocéa, son fils aîné a vendu le voilier derrière son dos. «J'en ai pleuré des jours et des jours.» Mouna, qui avait notamment liquidé le plus gros diamant jaune du monde pour acheter le bateau, doit se rendre à l'évidence. Même si elle assure croire «le recouvrer un jour», elle disperse son contenu à Drouot en avril 2014. Il y a là mille objets, qui sont loin sans doute d'atteindre les prix d'achats consentis naguère par la dame.

Double mécénat 

Mouna rebelote aujourd'hui. Elle l'explique, sanglée dans des jeans que surmontent étrangement une énorme étole de fourrure. La collectionneuse espère en tirer deux fois 100.000 euros. Une pour le Musée des arts décoratifs, dont elle subventionne une exposition de mode (1). L'autre pour le septième art (2). Les estimations semblent pour le moins attractives. Les bagages Chanel (il y en a 70) sont prisés entre 300 et 1500 euros. Une robe du soir de John Galliano pour Dior, en satin rouge et fourrure, devrait faire entre 1000 et 1500 euros. Il y a des choses offertes dès 50 euros. Mais avec les enchères, on ne sait jamais... 

Les tailles ne révèlent pas toujours les mêmes. Avec les soucis et son nouvel amour du jogging, Mouna a passé du 40 au 36. La chose justifie d'ailleurs en partie cette vaste braderie. «Tout ajuster coûterait tellement cher qu'il vaut mieux repartir à zéro.» Une notion relative. La brune quinquagénaire, aujourd'hui basée à Monaco, aurait eu dans ses armoires jusqu'à 10.000 vêtements... 

(1) Il s'agit de la fantastique collection de boutons réunie par Loïc Alliot.

(2) Mouna sponsorise ainsi la Ciné Fondation de Gilles Jacob.

Pratique

Ventes les 30, 31 janvier, 1er et 2 février. Exposition jusqu'au 29 janvier dès 14 heures. Hôtel des Ventes Cornette de Saint-Cyr, 6, avenue Hoche, Paris, tél. 00331 47 27 11 24, site www.cornettedesaintcyr.fr

Photo (AFP): Mouna Ayoub au dernier Festival de Cannes. Elle est très liée à Gilles Jacob, dont elle aide la fondation.

Prochaine chronique le jeudi 29 janvier. A quoi ressemble "artgenève", qui ouvre ses portes demain au public.

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