Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS / "Modernités plurielles" à Beaubourg. Ouille, ouille!

Tout est chamboulé! Matisse a presque quitté les salles, même si la veuve de son petit-fils a donné au Centre deux toiles importantes en octobre 2013. Picasso a quasi déserté Pompidou, alors que le musée parisien dédié à l'artiste reste obstinément fermé. Idem pour d'autres gloires consacrées, de Fernand Léger à Salvador Dalí. "Modernités plurielles" a pris la place de ces talents singuliers. La nouvelle présentation historique (1905-1970) du musée de Beaubourg aligne 400 artistes de 47 pays, dont 48 femmes. On reste loin de la parité, certes. Mais n'oublions pas que musée a longtemps présenté, un étage plus bas, "elles@centrepompidou".

C'est Catherine Grenier qui a conçu cet accrochage à partir des caves. Agée de 53 ans, la dame est entrée dans la maison en 1992. Elle s'est multipliée depuis. "Big Bang", la très contestable présentation de Pompidou en 2005-2006, c'était elle. Catherine fait partie de ceux (et de celles) qui pensent, à l'américaine, "publish or perish". Elle ne cesse de sortir des livres. Peu importe s'ils ne sont pas toujours impérissables, à l'image de "La fin des musées?", récemment paru aux Editions du Regard. Elle occupe du terrain.

Universel comme le Larousse

L'idée de "Modernités plurielles" correspond aux idées d'Alain Seban, le tout-puissant président du Centre. "Notre collection se veut universelle." Comme le Larousse, donc. Autant dire que tous les pays et tous les courants doivent être représentés dans des collections devenues pléthoriques. A l'ouverture du Centre, en 1977, elle tournaient autour de 17.000 œuvres. Il y en a aujourd'hui 95.000. Autant dire que seul un pour cent d'entre elles se voit présenté à la fois au public. Un mauvais score, que ne corrige guère Pompidou-Metz. Cette antenne dirigée par Laurent Le Bon constitue un simple lieu d'expositions, devenu déficitaire.

Mais revenons à Paris. Le visiteur découvre un parcours thématique. Les tableaux ne sont jamais présentés seuls sur les murs blancs. Depuis son ouverture, le musée montre de la documentation d'époque, un peu comme les médicaments s'accompagnent d'une posologie. Un intérêt soutenu a toujours été manifesté pour les revues. Là, Catherine Grenier fait vraiment très fort. Elle a reproduit leurs couvertures, régulièrement collées aux murs. Il y en a douze rangs en hauteur, le tout sur une largeur variable. Inutile de préciser que les parties hautes et basses restent illisibles.

Pollution visuelle

La chose n'aurait pas d'importance si elle ne créait une pollution visuelle. Il y a moins de place pour les toiles et les dessins. Ils se voient donc serrés. Il y a en a jusqu'à trois trois, empilés l'un sur l'autre. Ce n'est pas le Palazzo Pitti de Florence, dont l'accrochage historique remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais tout de même! Ce grouillement demande au visiteur des efforts constants pour isoler un objet, afin de le contempler.

Il lui faut donc de la concentration, d'autant plus que la plupart des noms inscrits sur les étiquettes restent inconnus. Qui est Baya? Qui est Fahrid Belkahia? Quid d'Huguette Caland? On peut continuer ainsi longtemps. Il y a beaucoup de Sud-Américains. Des Africains. Des Asiatiques. Les œuvres se révèlent souvent intéressantes, bien sûr, mais l'immersion reste rude. La noyade menace. Il faut savoir doser les choses. Je rappelle que les bonnes recettes de cuisine disent de "lentement verser les ingrédients", histoire que la sauce prenne.

Problèmes de fréquentation

Tel n'est ici pas le cas. Or le musée jusqu'ici dirigé par Alfred Pacquement, avec ses gloires consacrées, posait déjà des problèmes de fréquentation. Il restait loin des foules d'Orsay, et a fortiori du Louvre, alimentées par des groupes de Japonais. Un public réduit venait, en attendant les grands maîtres. Et on lui sert aujourd'hui de multiples inconnus, plus des couvertures de revues. Normal qu'il se sente déçu, puis  tende à jeter l'éponge.

Il ne faut pourtant pas mettre le bébé avec l'eau du bain. Il y a de réelles découvertes. Plus l'audace de montrer des figuratifs jugés souvent trop commerciaux (un mur de Tamara de Lempicka) ou démodés (un autre mur de Foujita). Il est bon qu’il existe un tournus. Pour ce qui est de la Suisse, l'exhumé se nomme Théophile Bosshard. A petites doses, en plusieurs visites, "Modernités plurielles" devrait donc révéler consommable. Mais que faire, si l'on est simple touriste à Paris, ou si l'on débute dans la fréquentation des musées?

Pratique

"Modernités plurielles", Centre Pompidou, 19, rue Beaubourg, jusqu'au 26 janvier 2015. Tél. 00331 44 78 12 33, site www.centrepompidou.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 21h. Photo (Centre Pompidou). La peinture d'Alfonso Ossorio de 1942 (détail) qui fait l'affiche de "Modernités plurielles".

Bernard Blistène dirigera le musée de Beaubourg

"And the winner is...." Ce ne sont pas les Oscars, mais le prix du bon élève. Le Musée de Beaubourg a un nouveau directeur pour remplacer Alfred Pacquement, parti à la retraite. Il s'agit de Bernard Blistène, qui a déjà fréquenté l'institution. L'homme, car il s'agit à nouveau d'un homme, comme ce printemps pour le Louvre, a été nommé le 14 novembre. Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, a fait une nouvelle entorse à ses principes. Il s'agit en plus d'un "vieux". Blistène a 58 ans.

Ce choix intervient après sept mois de conflits internes dans un lieu qui tient en permanence du panier de crabes. "Plus personne ne travaillait, le musée restait paralysé", confessait un conservateur au "Monde". Un Autrichien, donc un extérieur, partait favori. Max Hollein a fini par ses désister. Le Viennois aurait (conditionnel) choqué en demandant un "salaire indécent". Il y a du coup eu diverses candidatures, dont celle du tandem Catherine Grenier-Laurent Le Bon, qui a, paraît-il, indisposé. Alain Seban a fini par établir une liste de quatre noms. Deux hommes et deux femmes, of course. Résultat des courses, Blistène!

Prochaine chronique le dimanche 24 novembre. Des livres sur le dessin moderne: Pierre Le Tan. Frédéric Pajak, Jean Cocteau...

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