Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Quai Branly se fait peur avec les enfers et fantômes d'Asie

Crédits: Musée du Quai Branly, Paris 2018

L'au-delà préoccupe en ce moment le Quai Branly. Une après-mort en Asie. Le musée parisien possède aussi un département voué à cet immense continent. Il ne comprend visiblement davantage que les régions animistes montrées dans les espaces permanents. «Enfers et fantômes d'Asie» marche en effet hardiment sur les brisées de Guimet, une institution nationale située juste en face, sur l'autre rive de la Seine. Il est question ici aussi bien de la Chine, que du Japon ou de la Thaïlande. 

Plongé comme il se doit dans le noir, le plateau du rez-de-chaussée abrite ainsi jusqu'au 15 juillet une quantité presque effrayante d'objets plus ou moins horrifiques. Des écrans proposent par ailleurs de nombreux extraits de films. Notons ici que l'équipe dirigée par Julien Rousseau (1) a privilégié les extraits les plus sanguinolents, d'où quelques avertissements afin de prévenir les gens sensibles et les enfants. Si les films d'épouvante thaï inciteraient plutôt à rire en raison de leurs truquages pour le moins primitifs, les Japonais vont assez loin dans le terrifiant. Une manière de voir les choses. L'exposition aurait aussi pu retenir des œuvres comme les merveilleux «Contes de la lune vague après la pluie» de Kenji Mizoguchi (1952), où vivants et morts cohabitent dans une sorte d'harmonie. Elle a préféré «Jigoku», ou «L'enfer» (1960), avec ses cercles enflammés un peu semblables à ceux du texte médiéval de Dante.

Inhumannité 

Si «l'inhumanité» sert ici de fil conducteur, le visiteur n'en doit pas moins passer par des univers très divergents. Ils vont du plus populaire au plus raffiné. Du théâtre au manga ou à l'estampe. Du bouddhisme au taoïsme. D'un pays à l'autre surtout. Le public peu averti risque vite de se perdre entre toutes ces conceptions diverses de l'après-vie. Il y aurait en fait là matière à quantité d'expositions différentes. Les enfers et les fantômes, ce n'est déjà pas la même chose. Les régions évoquées ne se ressemblent pas entre elles. Rien de réellement commun entre le spectre prédateur thaïlandais et le vampire sauteur chinois, sinon qu'ils cherchent une vengeance. 

Il y a surtout comme toujours à Branly, et j'y reviens, trop de pièces exposées. Le visiteur risque vite la surdose. Ou alors de ne rien retenir de ce fatras assez peu esthétique en dépit de certaines commandes passées à des artistes contemporains. C'est à mon avis un échec de plus pour le musée. Branly éprouve décidément bien de la peine à créer une exposition tenant la route. 

(1) Le 7e art a été placé sous la responsabilité de Stéphane de Mesnildot des «Cahiers du cinéma».

Pratique 

«Enfers et fantômes d'Asie», Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, 37, quai Branly, Paris, jusqu'au 15 juillet. Tél. 00331 56 61 70 00, site www.quaibranly.fr Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 11h à 19h. Jusqu'à 21h les jeudis, vendredis et samedis.

Photo (Musée du Quai Branly): Théâtre d'ombre pour les ombres de l'au-delà.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."