Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Palais Galliera joue la "Prolongation" de son exposition de mode

Crédits: Jean-Paul Gaultier, Palais Galliera

Il suffit parfois d'avoir des idées. Sur ce plan-là, Olivier Saillard n'est pas à plaindre. Le conservateur du Musée de la mode de la Ville de Paris, au Palais Galliera, en possède à revendre. Il sait organiser chez lui des expositions, puis bien les présenter. Il a le don d'en proposer ailleurs, du Musée de l'immigration de la Porte Dorée à celui voué à Antoine Bourdelle (qui offira cette année Cristobal Balenciaga). Il écrit aussi des livres. Je signale déjà un somptueux ouvrage sur Dior, dont je vous parlerai bientôt. 

A Galliera, notre homme a pris une autre initiative. Il a prolongé son «Anatomie d'une collection», traitée en son temps dans cette chronique. Rappelons juste qu'il s'agissait ici d'évoquer, avec tous les exemples voulus, la manière dont son musée s'enrichit, essentiellement par dons. Des cadeaux portant non seulement sur des vêtement de prestige mais des pièces très modestes, devenues rarisssimes à cause de leur pauvreté même. Jusqu'à l'ère de la grande consommation industrielle, les habits se voyaient usés jusqu'à la corde, puis découpés afin de récupérer des lambeaux de tissu.

Quarante modifications 

Qu'a donc fait aujourd'hui Olivier Saillard de si original? Une nouvelle affiche, bien sûr. Mais aussi une modification du contenu. Quarante numéros ont été enlevés de ce que je peine à qualifier d'«accrochage». Quarante autres les ont remplacés. Autant dire que l'ensemble se retrouve modifié. Reste encore à savoir où et comment. L'étiquetage ne le précise pas. Au visiteur fidèle (le musée en a beaucoup) de découvrir le nouveautés. Le tout en supposant bien que les «highlights», comme on dit dans les maisons de vente anglo-saxonnes, sont restés en place. Galliera n'allait tout de même pas retirer la sublime «robe volante» de lampas jaune, broché de fils d'argent, datant des années 1730 et achetée si cher en vente publique début 2016!

Pour répondre à ce petit jeu des devinettes, il me semble que le musée a surtout approfondi les domaines où il est riche. Il y a selon moi davantage de pièces issue de la gade-robe de la danseuse et courtisane Cléo de Mérode (46 centimètres de tout de taille!). Plus encore de chapeaux de Mitzah Bricard, qui fut dans les années 1950 la muse de Christian Dior (le dessinateur René Gruau disait d'elle qu'elle incarnait «la caricature de l'élégance»). Je ne suis pas sûr que le manteau bleu de Comme des Garçons, fabriqué exprès pour le musée en 2016, ait été là il y a quelques mois. Et je n'ai aucun souvenir du bonnet phrygien à cocarde tricolore produit sous la Révolution, dont Galliera conserve même le carton d'emballage d'origine. Une boîte en forme bonnet phrygien bien entendu! Je ne rappelle pas non plus avoir vu la première fois autant de choses provenant des armoires de la princesse Murat, morte âgée à l'aurore des années 1960.

Une idée à répéter 

Voilà. Peut-être suis-je dans mon tort. Voire même dans l'erreur. Peu importe. La mémoire est très sélective. L'idée est d'obliger le public à tout bien regarder et même à consciencieusement lire. L'idée pourrait faire école. Bien des expositions pourraient, devraient même trouver une seconde garniture (et de là une nouvelle vie) à mi-parcours. Jusqu'ici, seul un musée allemand y avait pensé il y a longtemps, avec des manuscrits enluminés venus du Vatican. On en tournait une page toutes les semaines. Il avait été prévu à l'intention des visiteurs des abonnements.

Pratique 

«Anatomie d'une collection, Prolongation», Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris, 10, rue Pierre Ier de Serbie, Paris, jusqu'au 12 février. Tél 003331 56 52 86 00, site www.palaisgalliera.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 21h.

Photo (Palais Galliera): La célèbre robe-obus de Jean-Paul Gaultier, imaginée dans les années 1980.

Texte intercalaire.

 

 

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