Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée Rodin tire des "Aphrodite". En quoi s'agit-il d'originaux?

Crédits: Musée Rodin, Paris

«C'est notre dernière acquisition.» Directrice du Musée Rodin, à Paris, dont elle a assuré la remarquable restauration, Catherine Chevillot conduit les journalistes dans le jardin de l'ex-Hôtel de Biron. Près d'un mûr, côté Invalides, se tient l'«Aphrodite» grand modèle du maître, qui serre ses mains en bout de ses bras dressés. «Nous en avons tiré les deux premiers exemplaires l'an dernier. Celui-ci a été acquis grâce au Mécénat de la Fondation Ville et Patrimoine.» Une fonte elle aussi toute neuve. «Il a longtemps manqué la partie supérieure de la statue, que nous avons retrouvée dans l'un de nos innombrables moules.» 

Tandis que la petite troupe se dirige vers la chapelle, qui offre en ce moment exposition, sans réelle surprise mais très bien faite, sur «La port de l'Enfer» (1), je m'interroge tout de même. En quoi un Rodin tiré en 2016 est-il vraiment un original? Sur le plan légal, rien à redire. Comme l'explique la responsable de l'institution, qui est par ailleurs une femme charmante, le musée bénéficie de l'héritage matériel et moral des droits du sculpteur. Il peut du coup fondre douze exemplaires de chaque statue d'un homme qui se plaisait à multiplier les variantes. Je suppose que c'est tout de même fini pour les «épreuves d'artiste». «Nous ne sommes pas subventionnés», poursuit Catherine Chevillot. «Il faut tout de même bien que nous vivions.»

Une "Porte" pour le Mexique 

Apparemment les choses ne se passent pas trop mal. Une «Porte de l'Enfer», précisément, vient de se voir livrée au Mexique. C'est le Numéro 8. Aux quatre tirages historiques (dont celui du Kunsthaus de Zurich), tous posthumes, se sont ajoutés ces dernières années quatre autres exemplaires patinés au goût du jour. «Il existe des modes en fait de patines.» Il reste donc quatre versions possibles. Si la chose vous intéresse, n'hésitez pas! Il vous faudra cependant sortir vos fifrelins. J'ignore en fait combien. Le prix de la «Porte» mexicaine n'a pas été communiqué. 

Le musée, qui possède ainsi sa boutique de superluxe, pourra encore continuer longtemps (comme le Maillol qui est, lui, privé). N'empêche que la donation Rodin a cette année 100 ans, et que l'artiste sera mort depuis 100 ans en 1917. On comprend les puristes préférant les fontes réalisées avant ces deux dates. Sous contrôle. Et qu'ils se méfient par principe du bronze. Après tout, à la Renaissance, il n'y avait qu'un seul «Persée» ou qu'un unique «Colleone» de Verocchio. Il y a des jours où la production à la demande des Rodin me fait un peu penser à celle des lapins en chocolat.

(1) «L'enfer selon Rodin», jusqu'au 22 janvier 2017.

Photo (Musée Rodin): Le torse de l' «Aphrodite».

Texte intercalaire.

 

 

 

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