Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée Rodin a réussi sa mue en douceur

Il a finalement rouvert! Le Musée Rodin vient en effet de faire l'objet d'une rénovation lourde, malgré les apparences. Les architectes ont beau avoir laissé une illusion de continuité. Les travaux ont été plus longs, et surtout plus coûteux, que prévu. En 2012, on parlait d'une opération à 7,5 millions d'euros. La facture se serait finalement montée à 16 millions, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Mais il y a eu de mauvaises surprises. Les poutres étaient par exemple en train de ployer sous le poids des sculptures. C'est lourd, un Rodin, surtout quand c'est en marbre! 

Disons-le d'emblée. Pour une fois la réussite se révèle totale. J'avais tiqué devant le Musée des arts décoratifs transformé. J'étais resté septique face au Musée Guimet replâtré. Ici, les choses se sont faites avec doigté. Intelligence. Subtilité. Car enfin, mine de rien, bien des éléments ont changé. Rien que les couleurs. Un décorateur a ainsi inventé un «Biron gray», pour ce qui fut à partir de 1753 l'Hôtel de Biron. Un domaine qui passa ensuite aux mains des sœurs du Sacré-Cœur de Jésus (1) avant de finir comme atelier de Rodin. Un atelier conçu comme provisoire. Très dégradé, ce magnifique bâtiment des années 1720 restait alors promis à la démolition. Avec sa donation liée au lieu du 24 décembre 1916, le sculpteur l'aura sauvé.

L'artiste et ses environs

Mais c'est en fait le parcours entier qui s'est vu modifié. Directrice depuis 2012 de la maison, Catherine Chevillot, qu'on aura connue s'occupant des statues XIXe d'Orsay, a repensé les deux étages, auxquels elle aura conféré une autre vie. Il s'agit désormais non seulement de présenter un œuvre titanesque, mais ses environs. La collection archéologique de Rodin (présentée il y a deux ans au Musée de l'Arles antique) est mise en valeur en tant que source d'inspiration. Des tableaux montrent Rodin amateur d'art contemporain. Il n'appréciait pas que Van Gogh ou son ami Eugène Carrière (2). Il aimait aussi les méconnus René Ménard, Félix Ziem ou Fritz Thaulow. 

Un gros effort a également été accompli afin d'illustrer le soin que Rodin accordait au socle (ou sa préférence dans certains cas pour son absence). L'impasse n'est plus faite sur les praticiens. L'homme ne taillait pas lui-même le marbre, on le sait. Il utilisait des aides, dont les noms sont donnés s'ils sont connus. Une salle entière se voit par ailleurs réservée à Camille Claudel. Il faut souligner que ses réalisations ont été données pour bonne partie par son frère Paul en 1952. L'écrivain ne l'avait donc pas tout à fait oubliée (à moins qu'il ait cherché à s'en débarrasser!). Il manque juste quelques pièces d'Albert Carrier-Belleuse. Compiègne avait montré l'an dernier à quel point Rodin était redevable, à ses débuts, à ce maître surdoué.

Un corridor pour les aquarelles 

Un corridor ancien, dallé comme il se doit de noir et de blanc, sert enfin de cabinet des dessins. Si Rodin n'était pas un grand peintre (certaines de ses toiles figurent au début du parcours), il s'agissait en revanche d'un dessinateur et d'un aquarelliste majeur. Ces feuilles fragilissimes évitent ainsi la lumière. Jusque là, on n'en voyait (à part pour des expositions temporaires dans l'ex-chapelle) que dans un petit cabinet tristounet. Il ne reste plus ensuite au public qu'à réemprunter l'escalier et se promener dans le parc, qui, lui, n'a pas bougé d'un iota à l'ombre des Invalides. Le visiteur (et il y en a 700.000 par an, dont beaucoup de Japonais) aura passé une bonne demi-journée. 

(1) Ces dames ont vendu une partie du décor, dont bien sûr les peintures mythologiques un peu lestes. Certaine toiles (notamment de Lemoyne) ont pu se voir récupérées.
(2) On a ressorti de Carrière une gigantesque toile en largeur montrant un théâtre et son public. Elle pend dans l'escalier.

Pratique 

Musée Rodin, 79, rue de Varenne, Paris. Tél. 00331 44 18 61 10, site www.musee-rodin.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h45. Photo (Musée Rodin): Une des salles réaménagées avec les boiseries du XVIIIe siècle.

Ce texte est immédiatement suivi, dans la liste, par celui sur le Musée de l'Homme et celui sur le Musée Picasso.

Prochaine chronique le vendredi 20 octobre. Bienvenue chez Sotheby's prêteur sur gages.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."