Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée Picasso fait peau neuve pour ses 30 ans

Quelle histoire! Fin octobre 2014, le Musée Picasso rouvrait ses portes à Paris après trois ans de travaux, aux coûts sans cesse revus à la hausse. C'était comme d'habitude. Au départ, il s'agissait de donner un gros coup d'aspirateur. A la fin, l'Etat se retrouvait face à un énorme chantier. La ministre de la Culture devait en plus affronter la directrice Anne Baldassari, qui n'a jamais passé pour une femme accommodante. La première a ainsi viré la seconde, créant une crise majeure. Anne est partie après avoir réglé son accrochage, dont elle entendait faire une œuvre pérenne «protégée par un copyright». Son successeur Laurent Le Bon, venu de Pompidou Metz (où la vie n'est pas toujours simple non plus), l'a laissée faire afin d'assurer la paix des ménages. 

Douze mois pile après la réouverture officielle, Le Bon propose «sa» version du musée, appuyé par une dizaine de conservateurs. Le prétexte est de célébrer les 30 ans de l'institution. La vérité est que l'homme a tout refait, des caves au greniers, dans l'ex-Hôtel Salé du Marais. Son accrochage n'a strictement plus rien à voir avec celui de sa prédécesseure (osons le féminin). Autant ce dernier restait sage et plan-plan (où se situait donc l’œuvre pérenne?), autant le sien se révèle imaginatif et novateur. Cette présentation annonce même l'avenir. 1932 ou la «période Olga» (prénom de la première épouse de l'artiste), feront l'objet de grandes expositions en 2016 ou en 2017.

Du sous-sol au grenier

Le cheminement part cette fois du sous-sol. Excellente idée. Anne Baldassari terminait par là, ce qui fait que nombreux sont, sur les 700.000 visiteurs de la première version, ceux qui n'ont pas noté son existence. Laurent Le Bon raconte l'histoire de la collection (quelques dessins de Seurat et un Vuillard inédits), puis de la dation Picasso. Une interminable chose. Je rappellerai juste que l'Espagnol est mort en 1973, le musée datant lui de 1985. Puis la vie et l’œuvre se voient retracés à grands traits, avant que l'attention se focalise sur des points précis comme la vie privée, la Guerre d'Espagne, le Parti communiste ou la céramique. Les combles restent axés autour de la collection «picassienne», qui va de Courbet à Matisse en passant par Cézanne et Miró. Partout, entre deux vitres, de la documentation se trouve tirée des archives. Le peintre ne jetait jamais rien. Il y a de quoi piocher dans les 200.000 documents qu'il a laissés... 

On l'aura compris. Cette reprise en mains se révèle passionnante. C'est en plus très bien mis en scène, accroché et éclairé. Le public ne se sent pas gavé, même si le nombre de pièces présentées a sauté de 400 à 1000. Il y a du coup de l'inédit. Je ne connaissais par exemple pas «La cuisine», une immense toile où Picasso se situe pour une fois au seuil de l'abstraction. Un seul bémol. La nouvelle aventure n'a fait l'objet de presque aucune publicité. La foule n'est pas au rendez-vous, loin de là. J'ai exactement attendu une minute avant d'entrer. Voilà qui ne doit pas plaire à un Ministère de la culture pour qui doit aujourd'hui se révéler quantitatif et rentable.

Pratique

«!Picasso!, L'exposition anniversaire», Musée Picasso, 5, rue de Thorigny à Paris, jusqu'à une date non précisée. Tél. 00331 85 56 00 36, site www.museepicassoparis.fr Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, les samedis et dimanches de 9h30 à 18h. Photo (AFP): Laurent Le Bon dans l'escalier de l'Hôtel Salé, devenu en 1985 le  Musée Picasso.

Ce texte intercalaire accompagne ceux sur le Musée Rodin et le Musée de l'Homme.

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