Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée des arts décoratifs veut retrouver "L'esprit du Bauhaus"

Crédits: Musée des arts décoratifs, Paris

C'est un mot magique. Comme design. Le Bauhaus, qui a existé comme école à Weimar (1919-1924), puis à Dessau (1925-1932, et finalement à Berlin (1932-1933), a fini par incarner la modernité. Un XXe siècle à la fois architectural, photographique ou simplement mobilier. Une simple cafetière, à la forme la plus ascétique possible, est devenue pour certains l'équivalent de la cathédrale de Chartres. Et que n'a-t-on pas dit de certaines images, où un œuf fait joujou avec une fourchette. Plus importantes que Nadar et Cartier-Bresson réunis! 

Le Musée des arts décoratifs de Paris a voulu retrouver dans sa grande nef «L'esprit du Bauhaus». Excellente idée! Une équipe s'est mise en quête d'objets et de projets. Toutes les inventions des élèves n'ont de loin pas été matérialisées à l'époque. Les commissaires ont intelligemment voulu retrouver les sources de ce mouvement, à la fois moderniste, hygiéniste, politique et moral. Un mouvement très puritain. L'exposition actuelle démarre donc avec les artisans du Moyen Age pour continuer avec les Arts & Crafts britanniques ou de Deutscher Werkbund. Il s'agissait au départ d'exalter le travail de la main. C'est à la suite d'une des nombreuses révolutions de palais que le Bauhaus s'est tourné, pour assurer le bonheur de tous, vers le machinisme. Exit par exemple, et pour des raisons idéologiques, la classe de céramique en 1925.

Une existence agitée 

La vie du Bauhaus n'est pas demeurée un long fleuve tranquille. Il y a eu les soubresauts politiques, avec le conflit par rapports aux droites. Elles finiront avec la fermeture définitive par les nazis au printemps 1933. On connaît la martyrologie. Le grand public en savait moins sur les antagonismes personnels entre les enseignants, qui ont à chaque fois fini par des expulsions ou de retentissantes démissions. Paul Klee restait ainsi bien trop fantaisiste pour une école devenue de plus en plus psycho-rigide. Avec des ukases allant jusqu'à la manière de se nourrir (préceptes zoroastriens), le Bauhaus apparaît sous certains aspects comme une secte. 

Le parcours propose de se promener d'atelier en atelier. Il fait la part belle aux travaux non seulement de designers vedettes, mais d'élèves parfois inconnus (inconnus de moi tout au moins). Le schéma se défendrait si des choix avaient été opérés. Las! L'équipe des Arts décoratifs a tout voulu montrer. Il doit y avoir là, avec les salles latérales, un bon millier de pièces. Entassées. Pour défendre la sobriété et le dépouillement, le visiteur finit du coup par se retrouver dans une nef plus chargée qu'un appartement victorien. Pire encore, l'itinéraire a adopté la forme ô combien baroque d'une coquille d'escargot. Je veux bien que l'architecte Erich Mendelssohn se soit livré à des fantaisies pareilles pour une célèbre maison de Potsdam, mais tout de même...

L'aspect contemporain

Impitoyable, le cheminement se termine avec l'actualité. Mathieu Mercier a sélectionné 100 œuvres d'«artistes majeurs de la scène française». Je n'ai rien contre. C'était même une bonne idée que de rechercher de tels échos. Mais n'aurait-il pas pu s'agir ici d'une seconde exposition, à loger ailleurs dans le bâtiment de la rue de Rivoli? La séparation aurait pu dégager un peu d'espace pour le reste.

Pratique

«L'esprit du Bauhaus», Musée des arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, jusqu'au 26 février. Tél. 00331 44 55 55 57, site www.lesartsdecoratifs.fr Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi jusqu'à 21h.

Photo (musée des arts décoratifs): Une théière de Marianne Brandt, créée vers 1924.

Texte intercalaire.

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