Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée Delacroix et la "lutte moderne" de Jacob avec l'ange

Crédits: DR

En décembre 1857, Eugène Delacroix traverse la Seine. L'artiste s'installe place Fürstenberg, où il loue un atelier. L'actuel Musée Eugène-Delacroix. Il s'agit pour lui d'honorer une commande obtenue en 1847, à la fin du règne de Louis-Philippe. Le peintre été engagé pour décorer à Saint-Sulpice une chapelle, consacrée aux anges. Des volatiles ici musclés. L'artiste a choisi de montrer, outre un archange Saint-Michel vengeur sur la voûte, Héliodore chassé du Temple par un cavalier ailé et un autre en forme de Superman, plus «La lutte de Jacob avec l'ange». Deux sujets vétéro-testamentaires. Le premier sort du Livre des Macchabées et le second de la Genèse. 

Tandis que le Louvre honore l'ensemble de la carrière du peintre, le Musée Eugène-Delacroix se focalise aujourd'hui sur cette double composition (le Saint-Michel compte un peu pour beurre) dans une exposition-dossier. Celle-ci se présente comme un tableau généalogique. Il y a d'une part les sources utilisées par le peintre. De l'autre, ce que ses successeurs en ont tiré. Héliodore sort ainsi d'une fresque de Raphaël au Vatican, évoquée par sa gravure. Il demeurera par la suite un sujet rarement traité. La lutte de Jacob semble plus courante. Il faut signaler au moins deux continuités, ce que fait le musée. Si les Chagall remontent aux pires années du maître, les Gustave Moreau se révèlent non seulement magnifiques, mais significatifs. Moreau abandonne le combat de catch pour une solution inédite. L'ange reste accoudé à un arbre, tandis que Jacob lutte pathétiquement dans le vide.

La suite à Saint-Sulpice

L'exposition doit se contenter d'espaces restreints, aujourd'hui gérés par Dominique de Font-Réaulx. L'accrochage se loge donc comme il peut. Il satisfait cependant davantage l'esprit que les dernières présentations, pour le moins putassières, organisées en ces lieux. Dans la première Christine Angot servait de commissaire. Pour la seconde, le footballeur Lilian Thuram jouit les guides. Je veux bien qu'il faille se créer de nouveaux publics, mais je n'en tremble pas moins en pensant que Dominique de Font-Réaulx était candidate à la direction du Musée d'Orsay.

L'exposition de poche doit bien sûr se poursuivre à Saint-Sulpice. Comme je vous l'ai déjà dit, les fresques (ou plutôt les peintures murales) de Delacroix viennent de s'y voir restaurées. Elles n'en avaient pas franchement besoin, même s'il y a en effet un mieux. Surtout si l'on pense à l'état dramatique des autres chapelles décorées au XIXe siècle! Si celle d'Abel de Pujol (un beau peintre) tient encore le coup, les autres se situent au bord de la ruine. Soulèvements. Chutes de matière picturale. Si rien n'est fait ces prochaines années, il ne subsistera rien de ces décors. Ils intéressent visiblement peu la Mairie de Paris, qui donne plutôt dans le bling bling socio-culturel. Que faire?

Pratique

«Une lutte moderne, De Delacroix à nos jours», Musée Eugène-Delacroix, 6, rue de Fürstenberg, Paris, jusqu'au 23 juillet. Tél. 00331 44 41 86 50, site www.musee-delacroix.fr Ouvert de 9h à 17h sauf le mardi.

Photo (DR): Fragment de "La lutte de Jacob avec l'ange".

Ce texte intercalaire complète celui sur la rétrospective Delacroix au Louvre.

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