Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée d'art moderne présente le très minimal Carl Andre

Crédits: Pierre Antoine, ADAGP, Paris, Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

On aurait imaginé l'exposition au Centre Pompidou, puisqu'il s'agit d'un classique contemporain. Elle se trouve au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Oh, pas dans les grandes salles du rez-de-chaussée! C'est là que loge Bernard Buffet jusqu'au 26 février. L'artiste américain a reçu la grande galerie en courbe sous les toits. Un lieu assez triste. Il faut dire qu'il s'agit d'un créateur difficile. Le minimal des minimaux. Avec lui, on a toujours l'impression d'avaler des biscuits secs. 

Aujourd'hui âgé de 81 ans, Andre est né dans le Massachusetts. Il s'est installé à New York en 1957, après un voyage en Europe. Initié très jeune par son père à la poésie, il a commencé par écrire, ou plutôt par composer des calligrammes à la machine à écrire. Le musée en présente toute une série au début du parcours, renouvelée en cours d'exposition. Le papier, surtout de mauvaise qualité, est fragile. Les mots s'y retrouvent sous forme de blocs, comme plus tard ses sculptures, dont les premières demeurent toutes petites. Carl Andre, qui travaille comme serre-frein dans les chemins de fer, ne dispose encore d'aucun atelier.

Le bois, puis la brique et le métal 

C'est vers la fin des années 50 qu'Andre donne ses premiers assemblages en bois. Il utilisera par la suite également la brique ou les plaques de métal. Il s'agira bientôt d’œuvres énormes, le long desquels le public pourra se déplacer («Ma sculpture idéale, c'est une route»), changeant ainsi constamment ses points de vue. Dans cet art très conceptuel, la pérennité joue un rôle mineur. Un grand nombre de pièces aujourd'hui présentées au Musée d'art moderne de la Ville de Paris sont des reconstitutions postérieures, basées sur un protocole. «Sand Lime Instar» de 1995 reprend ainsi «Equivalents I-VIII de 1966. Il faut pour cela suivre la recette de cuisine. Huit assemblages de de 120 briques empilées en deux rangs de 60. 

Paris montre bien sûr aussi de nombreuses pièces conçues pour se voir foulées au sol. Un peu hésitant, le public a le droit de marcher sur ces damiers de plaques de métal carrées, usinées selon les indications de l'artiste. Ce sont aujourd'hui là ses icônes, comme on reconnaît Dan Flavin à ses néons ou Richard Long à ses tranches de pierre. Tout cela est devenu d'autant plus historique que l'Américain a cessé son activité artistique en 2010. Du moins en principe. Comme à ses débuts, mais plus pour des raisons matérielles, il donne depuis lors de petites pièces, présentées sur des tables au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Des sortes d'objets, mais sans fonctionnalité. 

Complétée par des vidéos, la manifestation reste pour le moins austère. Il est permis de se demander si Carl Andre gagne à une telle accumulation, qui engendre une forme de répétition et donc de monotonie. Le public a d'ailleurs un peu de peine à accomplir l'effort de venir. Il préfère visiblement une modernité plus ludique. Plus facile. Plus joyeuse. La fameuse «cosa mentale» déjà évoquée par Michel-Ange fait toujours un peu peur.

Pratique 

«Carl Andre, Sculpture As Place, 1958-2010», Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, Paris, jusqu'au 12 février 2017. Tél. 00331 53 67 40 00, site www.mam.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. 

Photo (Pierre Antoine, ADAGP, Paris): L'une des plus importantes pièces d'Andre sous les toits du musée.

Texte intercalaire.

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