Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée d'art moderne montre la peinture de Zao Wou-Ki

Crédits: Succession Zao Wou-Ki/Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 2018

C'est la gloire posthume. Mais soyons justes. Zao Wou-Ki en a profité durant les dernières années de sa longue existence (1920-2013). Je ne parle pas de la toute fin, assez lamentable. Depuis 2006, l'artiste était atteint d’Alzheimer. Sa troisième épouse Françoise Marquet l'avait transporté en Suisse. Sans doute pas uniquement à cause du bon air sain. Le canton de Vaud, où le couple s'était installé en 2012, se montre plus compréhensif que la France en matière de droit fiscal, notamment sur le plan des successions. Or un tableau de Zao vaut aujourd'hui cher. Très cher. L'un d'eux vient de se voir vendu pour l'équivalent que quelques vingt millions d'euros à Hongkong. 

Il est donc bien fini, le temps où Zao restait «le Chinois de Paris». Un titre qui flattait davantage la ville que l'émigré, naturalisé Français en 1964. Il donnait l'idée que la fameuse «école de Paris», en réel déclin depuis les années 1950, n'était plus seulement occidentale mais mondiale. Je ne vais pas ici refaire une nouvelle fois le récit de la vie de Zao, arrivé en Europe dès la fin des années 1940, alors que Mao l'emportait en Chine. Il me semble désormais bien connu. Il s'agit juste de signaler ici l'importante rétrospective que consacre au maître le Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Un lieu qui a son importance. La troisième Madame Zao fut en effet conservatrice ici, avant de devenir épouse, puis veuve, d'un artiste célèbre. La chose a facilité les contacts.

Un art finalement décoratif 

L'exposition n'est pas énorme, même si les toiles se révèlent vastes. Le public y accède par le front de Seine, le magnifique bâtiment des années 30 étant aujourd'hui en travaux. Il y découvre des pièces des années 1950 à 2000. Les toiles montrent un homme partagé entre ses racines asiatiques, une abstraction confortée aux Etats-Unis et les traditions européennes. Les encres, parfois monumentales, auxquelles il avait été ramené par les pressions de son ami Henri Michaux demeurent, elles, tout à fait chinoises. Il est permis de leur trouver des qualités calligraphiques. 

Avec ses grands espaces, le musée convient bien à Zao Wou-ki, dont peuvent se déployer les grandes toiles horizontales, les triptyques et même les quadiptyques (ou tétraptyques si l'on préfère les racines grecques). C'est de la belle peinture, dans le goût des années 1950 et 1960, parfois acquise par l'Etat français qui a déposé les œuvres dans les institutions parisiennes ou de province. Ces créations gardent cependant toujours un côté décoratif, en dépit des ambitions intellectuelles. On imagine très bien un Zao au-dessus d'un canapé. Les réalisations en quatre parties évoquent, elles, le paravent japonais. L'abstraction de l'homme reste en effet toujours sage et mesurée. A la française, finalement. On reste très loin de sa version américaine, avec ce qu'elle suppose de violence. Il n'y a rien de moins dérangeant qu'un Zao Wou-Ki. Je pourrais dire la même chose d'un Soulages d'après 1970. Le Soulages d'aujourd'hui, c'est plutôt «déco».

Pratique

«Zao Wou-Ki, L'espace est silence», Musée d'art moderne de la Ville de Paris, entrée actuelle 12-14, avenue de New York, Paris, jusqu'au 6 janvier 2019. Tél. 00331 53 67 40 00, site www.mam.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu'à 22h.

Photo (Succession Zao Wou-Ki/Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 2018): L'"Hommage à Claude Monet" de 1991. Un triptyque.

Un texte suit sur le catalogue de l'exposition. 

Prochaine chronique le vendredi 6 juillet. Anvers révèle la peintresse Michaelina Wautier, morte en 1689.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."