Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Louvre repense ses accueils et le Pavillon de l'Horloge. C'est raté

Crédits: Musée du Louvre

L'événement a été annoncé en grande pompe. Le Louvre est même parvenu à attirer François Hollande, qui n'est pourtant pas l'homme le plus culturel du monde. Il est vrai qu'il y a de la diplomatie là-dessous. Sans argent du Golfe, le musée serait plus asséché qu'une pompe à essence pendant une grève contre la loi du travail. Tout ceci se paie d'ailleurs. Les nouveaux aménagements, qui se terminent sur une maquette géante du Louvre d'Abu Dhabi, se nomment officiellement Centre Sheikh Zayed bin Sultan al Nayan. 

De quoi suis-je en train de parler? Mais des nouveaux accès au musée et du Pavillon de l'Horloge, désormais dévolu à l'histoire du palais et à celle de ses collections. On sait que le Louvre est engorgé par ses visiteurs, qui ont triplé depuis les années 2000, même si les derniers exercices comptables ont révélé une progressive décrue. Il fallait y remédier sans trop toucher aux architectures de I.M. Pei, qui a fêté ses 99 ans en avril dernier. Les travaux devaient concerner la billetterie, le accueils, la librairie, l'information et la boutique du musée. On ne peut pas dire que l'institution ait reculé devant les dépenses, entamées en 2014. Il y avait pour 53,5 millions d'euros.

Librairie réussie 

Il y a quelques mois, la librairie rouvrait, après avoir subi deux déménagements (1). C'était une bonne surprise. Avec ses 400 mètres carrés, elle avait retrouvé une taille respectable, même si elle se trouve maintenant au premier étage. Il faut dire qu'elle vend surtout des ouvrages en français, langue que parle une infime proportion des visiteurs occasionnels. Il fallait laisser les vitrines au «shop», dont les produits ne semblent pas toujours de première qualité. Les Art décoratifs, à côté, proposent une sélection nettement plus chic (mais plus chère). Et mieux vaut ne pas voir vu auparavant le magasin du Victoria & Albert de Londres... L'ensemble librairie-boutique n'en bénéficie pas moins d'un joli, décor, plutôt sobre. 

L'inauguration du 6 juillet dernier concernait donc le dessous de la Pyramide et le Pavillon de l'Horloge, qui a donné entre 1624 et 1654 le coup d'élan au grand Louvre de Louis XIII, dont la cour intérieure devait ainsi quadrupler de surface. De l'extérieur, le visiteur lambda ne remarquera pas la différence. L'attente demeure aussi longue. Il y a pourtant dedans une infinité de caisses, automatiques ou non. Seulement voilà! En pleine époque de Vigipirate, personne n'a pensé à multiplier de même manière les portiques, supposant il est vrai chacun leurs surveillants. Or ce sont eux qui déterminent en bonne partie le délai d'accès. Qu'importe si le vestiaire va un peu plus vite. Une bonne chose tout de même. Les toilettes se voient désormais signalées. Nous sommes sauvés!

Maquettes disparues 

Une fois pris son billet et entré dans le musée, le visiteur peut accéder au très central Pavillon de l'Horloge. Il s'agit ici de tout lui expliquer de la manière la plus simple possible. La Bouillie Jacquemaire premier âge de ma petite enfance serait sophistiquée à côté. La direction a fait disparaître les deux grandes salles sur l'histoire du palais, sans doute trop compliquées. Outre des oeuvres conçues depuis la Renaissance pour le Louvre, elles abritaient pourtant une superbe série de maquettes montrant le bâtiment et le quartier avoisinant depuis le Moyen Age, à raison d'une ou deux par siècle envisagé. Au rancart! Elles aidaient pourtant à comprendre. Une seule les remplace, immense, interactive et lumineuse. Elle ne dira rien à qui que ce soit.

A l'heure du tactile et du numérique, à l'intention d'un public ne sachant rien, le Louvre a tout aplati. Au propre parfois. Les fossés autour des vestiges archéologiques du château médiéval ont perdu leur jolie passerelle de bois, posée au dessus des fouilles. Elle a été remplacé par un sol en béton digne d'un immeuble de banlieue déshéritée. Aplani au figuré, surtout. La plupart des pièces naguère présentées, qui étaient souvent de qualité, ont disparu pour permettre le résumé du résumé. Le paradoxe est que c'est le cheminement lui-même qui paraît aujourd'hui incompréhensible, à l'issue de ce chantier secondaire de 7 millions d'euros. Quel ascenseur prendre ou quel escalier emprunter pour accéder au premier, puis au second étage? Je vous le demande!

Commentaires pauvres 

Au premier, l'ancienne chapelle, jadis vouée aux petits expositions (dont l'une des dernières était une carte blanche donnée à Bob Wilson), embrasse l'histoire des collections. Il y a là quelques oeuvres, apparemment choisies au hasard (peut-être a-t-on tiré leurs noms d'un chapeau), afin de raconter les enrichissements successifs depuis les collections royales. Une borne se trouve à côté. Le visiteur s'attend à y trouver des informations complémentaires et des développements. Eh bien non! Quand la machine fonctionne (une fois sur deux) c'est pour répéter le texte basique des étiquettes papier. 

Il n'y a plus alors qu'à gagner le second, dont il a fallu évacuer discrètement la Collection Besteigui (David, Ingres, Rubens, Goya...) dans un cagibi aménagé dans la Salle des Sept Cheminées. Il s'agit ici pour l'essentiel de montrer des acquisitions récentes, qui auraient avant fait l'objet d'un excellent dossier. Trop compliqué, trop élitaire sans doute, un dossier. L'information doit se voir concentrée en quelques lignes.

Dernières acquisitions 

C'est néanmoins l'occasion pour l'amateur de voir en «preview», comme diraient nos amis anglo-saxons, une superbe gourde des années 1580 en faïence d'Urbino, que je me souviens d'avoir croisée chez un marchand parisien, ou «La lecture de la Bible» peinte par Greuze en 1755 et entrée au musée en 2016. Notons que les prix d'achat ne sont indiqués que s'il a été effectué en vente publique (2). La France a toujours la pudeur de l'argent. Je constate pour terminer qu'il y a bien là deux pleurants. Mais ce ne sont pas ceux du tombeau du duc de Berry, acquis le 15 juin dernier. Tout le monde n'a pas la même conception de l'actualité. 

La prochain chose à craindre est maintenant le réaménagement, en cours, des salles de peinture flamande et hollandaise. Fin du chantier prévue en 2017, mais je signale que la galerie de peinture française du XVIIe siècle, qui devait rouvrir en 2013, reste encore invisible.

(1) La Poste a en revanche disparu le 31 décembre dernier. Mais c'est elle qui s'est retirée. Les gens n'envoient plus de cartes postales et l'expédition d'un paquet se révèle ruineuse.
(2) Je vais vous le dire. Le Louvre a payé comme toujours trop cher ce Greuze: 5,5 millions d'euros.

Pratique 

Musée du Louvre, Paris. Tél. 00331 40 20 50 50, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h, les mercredis et vendredis jusqu'à 21h45.

Photo (Musée du Louvre): La nouvelle maquette. Une seule, mais interactive, lumineuse et incompréhensible.

Prochaine chronique le dimanche 28 avril. Yverdon va vivre ses premiers "Numerik Games" du 2 au 4 septembre.

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