Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Louvre célèbre Parmigianino dessinateur

Crédits: Michel Urtado/RMN

Il y avait longtemps que le Louvre ne nous avait plus gratifié d'une expositions de dessins. Rien au Pavillon de Flore. Rien ailleurs non plus. A Sully, «Voyages» de Philippe Djian n'était pas réservé fin 2014 à cet art éminemment graphique, au deuxième étage. Le lieu reste fermé depuis. Trou noir. De persistants panneaux bouchaient enfin à Mollien les deux salles ad hoc comprises entre l'escalier et la Grande Galerie. 

Ces derniers obstacles font aujourd'hui partie du passé. Après un arrêt semblant disproportionné par rapport à l'ampleur des travaux, les deux salles ont rouvert avec une rétrospective Parmigianino. Pour la plupart refaites, les cimaises montrent en gloire cet artiste émilien du XVIe siècle. Si la gravure n'a pas été prise en compte (Francesco Mazzola, dit le Parmesan, fut pourtant un aquafortiste très innovant), il y a là les feuilles du musée, plus un tableau. En 1992, le Louvre a en effet acquis un «Mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie», demeuré inachevé. Ce modeste petit panneau semblait avant tout combler un manque. L'institution ne possède pas ici l'équivalent des Offices ou de la National Gallery de Londres.

Un fonds richissime 

Sur le plan des dessins, elle apparaît en revanche richissime. Dès sa mort en 1540, le Parmesan a été collectionné avec avidité en France. Les amateurs appréciaient autant ses sanguines, d'un rouge sensuel, que ses encres, à l'élégance sans pareille. Un examen attentif des feuilles présentées par une équipe formée de Dominique Cordellier, Laura Angelucci et Roberta Serra révèle quantité de marques anciennes. Outre les paraphes du XVIIIe siècle, il y a ainsi les initiales M pour le collectionneur Mariette, HL pour His de La Salle. Plus bien sûr les marques d'un musée tantôt impérial, tantôt national. Seuls Florence et Londres détiennent des ensembles équivalents. 

Pourquoi avoir tant aimé Parmigianino? Mais pour sa grâce et son inventivité uniques! Francesco Mazzola est né en 1503 dans une famille d'artistes. Orphelin dès le berceau, élevé par ses oncles, il montre très vite son métier, puis son indépendance d'esprit. L'adolescent réalise son premier tableau important à 16 ans. Il en a 20 quand il termine son premier cycle de fresques, profane, à Fontenellato. L'homme apparaît alors plus que prometteur. Il reçoit l'important chantier de l'église de la Steccata dans sa ville natale de Parme. Mais très vite, le peintre apparaît instable, filant pour Rome dès 1524.

Une vie courte et errante 

Commence alors une vie courte et errante, marquées par les vicissitudes du temps (le sac de Rome en 1527), mais aussi par des fuites engendrées par son incapacité à terminer une œuvre. Le «nouveau Raphaël» se montre moins docile et discipliné que l'ancien. Son irrespect des contrats lui vaut même un séjour en prison. L'Emilien préfère cependant désormais selon Vasari, son premier biographe, l'alchimie. Il meurt en exil à 37 ans. Comme Raphaël d'ailleurs et plus tard Antoine Watteau ou Vincent van Gogh. Les historiens, sentencieux, ont parlé d'un «âge fatal aux peintres». 

Météore de l'histoire de l'art, Parmigianino a donc surtout laissé des dessins, très abondants. Rien ne semble ici freiner son imagination. Ce sont tantôt des compositions préparant de petits tableaux. Tantôt des têtes. Tantôt encore des projets pour d'autres graveurs que lui. Ugo da Carpi l'a ainsi transposé avec virtuosité en estampes sur bois, faites de plusieurs planches afin de donner l'illusion de couleurs. Gian Antonio Caraglio ou Antonio da Trento en ont tiré des versions plus classiques. On comprend que la «manière» du Parmigianino, toute en lignes sinueuses, ait connu une telle diffusion en Europe. La fameuse «école de Fontainebleau» des années 1540-1550 lui doit beaucoup.

Les deux autoportraits

Il faut prendre son temps, au Louvre, pour découvrir chacune des petites feuilles proposées, toutes tirées donc de son fonds. L'enfant faisant l'affiche se révèle ainsi minuscule, tout comme l'autoportrait de jeunesse montrant un charmant jeune homme. Une flagrante opposition avec la figure prématurément vieillie à la plume supposée représenter le peintre. Il est alors réfugié à Casalmaggiore où il mourra bientôt, selon un Vasari généralement bien informé (il faut dire que le Florentin visait au XVIe siècle), empoisonné par ses expériences alchimiques. Mais il y a aussi aux cimaises une passionnante série d'esquisses pour les canéphores (des dames grecques portant des cadeaux sur leurs têtes) de la Steccata. Un merveilleux décor. Il sera terminé plus tard par Girolamo Bedoli, un parent du peintre. Quand je vous ai dit que nous étions dans une famille d'artistes...

L'exposition est comme il se doit pourvue d'un catalogue, fort bien fait. Si aucune exposition Parmigianino n'avait été montée au Louvre depuis 1965, il y en a cependant eu de nombreuses ailleurs, avec en tête la grande rétrospective de Parme et à Vienne en 2003. Après avoir montré au Palais des Conservateurs des dessins du Parmesan à l'automne 2015, Rome devrait l'associer au Corrège (son compatriote) au Ecuries du Quirinal au printemps 2016. Autant dire qu'on ne peut pas toujours trouver du nouveau à dire dans les textes de présentation. Mais est-ce finalement si important, surtout quand on le dit bien?

Pratique

«Parmigianino», Musée du Louvre, Paris, jusqu'au 15 février (l'exposition ne dure en tout que deux mois). Tél. 00331 b40 20 53 17, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h, le mercredi et le vendredi jusqu'à 21h45.

Photo: Une Sainte Famille avec le petit saint Jean-Baptiste.

Prochiane chroniquee le lundi 25 janvier. La France perd ses bistrots. La presse lance un cri d'alarme. La fin d'une certaine image du pays?

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