Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Grand Palais prépare sa mue à 467 millions d'euros

Crédits: Agence LAN

Cette fois, ça y est! Repoussés plusieurs fois pour des questions d'argent, la restauration et le restructuration du Grand Palais vont se faire à Paris. Ce ne sera pas une mince affaire, mais la réussite encore récente de la réhabilitation du Petit Palais, de l'autre côté de la rue, rend optimiste. Si le bâtiment s'est construit en trois ans pour être fin prêt lors de l'Exposition universelle de Paris 1900 (dont il assurait la partie beaux-arts), il faudra attendre cette fois six ans. Réouverture en 2024. Notez que, comme à l'origine, il y a aura une date buttoir. C'est là que se dérouleront les épreuves d'escrime et de taekwondo (merci au grand Palais, je sais enfin de quoi il s'agit) lors des Jeux olympiques qui raviront sans doute Paris avant de le ruiner. 

C'est le lundi 12 février que la bonne nouvelle a été annoncée. Officiellement. Tout le monde savait en effet de quoi il allait retourner. Il n'y avait ni attente, ni mystère. Je n'étais pas à la présentation du projet (pour laquelle j'avais été invité), mais je sais tout grâce au dossier de presse. Un monstre de 54 pages, avec ce que cela suppose de redites et de développements. Je vais donc vous synthétiser tout ça en un peu plus de 5000 signes. Ce n'est en fait pas sorcier. Tout repose sur un postulat. En dépit de certaines interventions ponctuelles, dont la réfection de la Nef entre 1993 à 2005 après la chute malencontreuse d'un rivet, le bâtiment n'a guère subi de travaux structurels depuis 1900. Les aménagements effectués au cours du temps, de 1937 (ouverture du Palais de la Découverte) à 1966 (inauguration des Grandes Galeries), ont en revanche défiguré l'intérieur. Assombri surtout. Imaginez-vous qu'au départ tout n'était ici que lumière!

Espaces non utilisés 

Le dossier de presse commence par une introduction signée par Françoise Nyssen. Elle n'aurait pas dû. Le texte empile les niaiseries. Le lecteur apprendra que «dès l'origine, le Grand Palais n'a eu de cesse de se mettre au service de l'excellence française». Je ne vois pas qui oserait chez nous parler d'«excellence suisse». Il s'agit d'un «monument républicain». Pourquoi pas citoyen pendant qu'on y est! La ministre de la Culture a aussi un mot appuyé pour remercier Chanel, grand mécène de l'opération. Tout est relatif. Le lecteur découvrira plus tard, au chapitre comptable, que la maison de couture paiera 25 millions d'euros sur 467 millions. Car tout cela va coûter cher, très cher, même si nous ne sommes heureusement pas à Genève. 

Il faut dire qu'il y aura beaucoup à revoir, dans le vaisseau en péril aujourd'hui géré par Sylvie Hubac. Certaines parties fermées au public se trouvent en mauvais état. Il existe donc des surfaces inexploitées. On ne peut pas dire que la sécurité soit totale. Et je ne vous parle des mises aux normes. Prenons l'exemple de la Nef, dont des locataires comme la FIAC, Paris-Photo ou la Biennale des Antiquaires se verront transformés à partir de 2021 en SDF. Sa jauge passera après réhabilitation de 5600 personnes à 11 000. Quant aux Galeries, elles offriront davantage de souplesse. La restructuration permettra d'organiser entre une grande (ce qui ne s'était jusqu'ici jamais fait, sauf pour «Dynamo») exposition et quatre en même temps. Programmation continue en prime. Dès 2024, il n'y aura plus de relâche durant l'été.

Une rue des Palais 

Je ne vais pas vous détailler ici le Palais de la Découverte, dont la rotonde elliptique vient par ailleurs de se voir restaurée. Je sortirais de mes compétences, pour autant que j'en aie. Le seul réaménagement des ses installations, qui devront bien sûr comprendre tous les gadgets 3D possibles, devrait revenir à 44 millions d'euros. Je dois rependant vous dire que ledit Palais ne restera plus séparé des Galeries. Une idée-clef est de créer un «rue des Palais» débouchant sur le square Jean-Perrin. Elle serait terminée au printemps 2023. Il faut désormais que tout communique. Sur les images de synthèse, j'ai ainsi constaté que les Galeries elle-mêmes, par un jeu de fenêtres, donneront sur la Nef. Un restaurant panoramique s'installera enfin sur le toit. Ce ne sera pas du panoramique à la Jean Nouvel. La gargote ne devrait pas être visible de la rue, sur laquelle elle donnera pourtant. Ce sera un plus par rapport à la sordide cafétéria actuelle. 

Voilà. Quand je vous aurai dit qu'à part la Nef il y aura d'autres parties à louer (23 000 mètres carrés, tout de même), il ne me restera à vous indiquer qui paie quoi. Il y aura tout d'abord une marée de subventions. Deux cent quatre-vingt huit millions d'euros en tout (dont 128 du Ministère de la culture). La RMN-Grand Palais lancera un emprunt de 150 millions. Chanel apportera sa goutte de parfum. Si tout va bien, l'approbation du projet se fera encore en décembre de cette année. Les travaux préliminaires débuteront au printemps 2020, avec fermeture du bâtiment la même année. La Rue des Palais ouvrira donc en 2013. Le Palais de la Découverte en juin 2014. Avant les JO par conséquent.

Un architecte de Ferney-Voltaire 

Et qui se voit chargé de ce monumental chantier? François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques. Un monsieur dont on a déjà parlé pour plusieurs rénovations importantes. Vous l'avez peut-être croisé en faisant vos courses en France voisine. Son bureau se trouve 10, route de Genève à Ferney-Voltaire. C'est lui qui a traité la rotonde du Palais de la Découverte. Il prendra ainsi la succession de MM Albert Thomas, Albert Louvet et Henri Deglane, auteurs en 1900 du Grand Palais sous la supervision de Charles Girault, qui édifiait en même temps le Petit Palais. Des gens dont chacun souligne aujourd'hui les mérites, alors que le «style Beaux-Arts» demeurait honni il y a trente ans. La jeune agence LAN (Benoît Jallon et Umberto Napolitano), qui travaille avec Chatillon, n'hésite pas à parler de «chef-d’œuvre», avec ce que cela suppose d'humilité. «Notre rôle n'est pas aujourd'hui de récrire la symphonie, mais d'abord d'apprendre à la diriger.» 

Voilà. Je crois que je vous ai dit l'essentiel. J'ai dépassé le lignage de 1000 signes. Désolé. Je vous ai pourtant épargné l'effarant verbiage émaillant ce document. Il y est en effet question d'«adopter une approche plus horizontale avec le public en favorisant les philosophies d'open source» et de «rechercher des manières plus transversales, ouvertes et participatives.» Qui a dit, au fait, que le français était une langue en péril?

Photo (Agence LAN): La terrasse prévue pour 2024.

Prochaine chronique le jeudi 15 février. Le grand chantier des musées de Rouen.

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