Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Grand Palais ose la peinture de Souza-Cardoso, mort en 1918

Crédits: RMN/Grand Palais

Voilà qui est courageux! Que dis-je, téméraire! Jusqu'au 17 juillet, le Grand Palais de Paris, qu'on croyait voué aux gloires les plus rentables, propose une rétrospective Amadeo de Souza-Cardoso. Un Portugais, mort de la «grippe espagnole» en 1918, alors qu'il avait 31 ans. Inconnu hors du monde lusitanien, l'homme ne dispose de plus pas d'un petit espace dans un coin, entre la caisse et la librairie. Il a pour lui les galeries côté Champs-Elysées. Autant dire qu'il a fallu les remplir! 

Fils de propriétaire terrien, ami de Modigliani, longtemps exilé volontaire à Paris, Souza-Cardoso n'a développé de véritable activité picturale qu'à partir de 1910, après un embryon d'études d'architecture. Il a participé de toutes les avant-gardes, sans se réclamer d'aucune. L'homme n'avait ainsi pas de mots assez durs pour le futurisme. Il y a pourtant de tout dans son art, qui oscille entre le primitivisme, le cubisme (un cubisme très coloré) et un constructivisme à la russe. Le public peut en juger dans les salles, où sa production quasi intégrale, quantitativement faible, se voit rassemblée. Le parcours se termine sur les pièces les plus spectaculaires. Elles annoncent un développement ultérieur avorté vers une peinture plus personnelle et plus forte.

Concentration dans un seul musée 

La manifestation comporte beaucoup de redites. Il eut fallu la réduire à une présentation dans les salles temporaires du quatrième étage de Beaubourg, dont l'accès est de plus compris dans le billet d'entrée. Il y a aux murs de petites choses, un peu mineures. Le tout, ou presque, vient du Portugal, où la Fondation Callouste Gulbenkian (coproductrice de l'exposition) possède, via la famille, un nombre d’œuvres un peu inquiétant. Un artiste monopolisé par une institution a de la peine à prendre son envol. Ce fut longtemps le cas du grand Turner avec la Tate Gallery de Londres. Le «trusté» prend du coup un aspect national, pour ne pas dire régional. 

Les seules pièces «extérieures» sont au Grand palais des toiles acquises par un amateur de Chicago au moment de l'étape locale du légendaire Armory Show de 1913 et de superbes «Cavaliers», acheté pour ce qui deviendra le Centre Pompidou en 1959. Il faudrait une redistribution des cartes. Souza-Cardoso le mériterait pour devenir sinon populaire, du moins un peu célèbre.

Pratique

Grand Palais, Paris, avenue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au 18 juillet. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.granspalais.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 20h, le mercredi jusqu'à 22h.

Photo (RMN): Un des derniers tableaux de Souza-Cardoso, 1918. Une avant-garde très colorée.

Texte intercalaire.

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