Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Grand Palais montre Hergé. Un peu trop vaste pour de la BD

Crédits: AFP

Tintin au Grand Palais? On se demande qui se sert en fait de l'autre. Pour l'institution parisienne, en perte de vitesse, c'est un coup de jeune. Et cela même si le petit reporter est né en 1929. Pour Hergé, puisque c'est à lui que se voit effectivement dédiée la rétrospective actuelle, c'est une marche de plus vers la respectabilité. Notez que le dessinateur belge, mort en 1983 (eh oui, déjà plus de trente ans...) n'en a pas besoin. Ses œuvres se vendent comme des petits pains, pour autant qu'un petit pain puisse coûter 2,6 million d'euros, comme le projet de page de garde adjugé ce prix en mai 2014 chez Artcurial à Paris... tout près de Grand Palais. 

Le Grand Palais... Il fallait meubler. Autant dire gonfler. Une vignette de BD mesure quelques centimètres carrés, alors que les salles du bâtiment construit pour l'exposition universelle de 1900 sont gigantesques. L'impression de surdimension était inévitable. Elle n'a pas été évitée. Heureusement qu'il n'y a pas trop de monde, la capitale française connaissant une réelle chute de fréquentation des expositions depuis novembre 2015. N'empêche qu'au troisième ou quatrième rang du public, il faudrait de bonnes jumelles pour distinguer quelque chose.

Le peintre et le collectionneur 

Le travail du commissaire et du décorateur, surveillés de près par la fondation Moulinsart gérant l'héritage, a donc été de «mettre autour». Il y a là la peinture qu'Hergé a tenté au début des années 60. Une décoction plutôt fade de Max Ernst ou de Serge Poliakoff. L'art collectionné par le bédéiste, qui va de Dubuffet à Sol LeWitt, en passant par Roy Lichtenstein. Son double portrait par Andy Warhol. Plus quantité de choses, avec bien entendu des agrandissements géants de certaines images, comme c'est du reste aussi le cas au Mudac, qui a l'avantage d'offrir à la fois un cadre plus intime et une réflexion mieux menée. Visible jusqu'au 15 janvier, «Le Monde d'Hergé» séduit et convainc autrement mieux à Lausanne. 

Le Grand Palais offre ainsi dix énormes salles, pour lesquelles il a à chaque fois fallu trouver un sujet. La 8 offre ainsi «La leçon de l'Orient», avec la rencontre de l'artiste avec Tchang-Tchon-jen. La 10, propose «Hergé, le renard curieux». Il s'agit là des dessins de son adolescence scout (catholique), quand l'adolescent découvrait ses dons d'observation. Vous l'avez du coup compris. Le parcours, sur deux étages, n'est pas chronologique, mais thématique. Il a été autant pensé pour les enfants que pour les adultes, voir les seniors. Disparu en 1988, le journal «Tintin» ne s'adressait-il pas au lectorat «de 7 à 77 ans»?

Une aventure révolue 

L'exposition a bien sûr été conçue pour les titinophiles. Une race nombreuse. Dans mon enfance, on était cependant Tintin ou Blake & Mortimer. Il fallait choisir, comme la jeunesse plus tard dû trancher entre Stones et Beatles. Avec le temps, tout le monde s'est réconcilié. Notons cependant qu'alors que les aventures de Blake & Mortimer de Jacobs continuent, avec des bonheurs divers, Tintin a su s'arrêter. La seule concession faite à la modernité (et au commerce) aura été quand le reporter a quitté du vivant d'Hergé ses culottes golf pour des pantalons longs. Ou plus précisément des «jeans» bruns. Quand était-ce, d'ailleurs? Réponse tirée de l'exposition. Dans «Tintin et les Picaros», en 1976.

Pratique 

«Hergé», Grand Palais, 1, avenue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au 15 janvier. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.grandpalais.fr Ouvert tous les jours sauf mardi, de 10h à 20h, le mercredi jusqu'à 22h.

Photo (AFP): Hergé interwievé par Jean Nohain à la TV française, qui ne possédait alors qu'une seule chaîne étatique. L'image date de 1957.

Texte intercalaire.

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