Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Grand Palais montre en vrac le Mexique des années 1900 à 1950

Crédits: DR

Le Grand Palais parisien est mexicain. Du moins jusqu'au 23 janvier. Diego Rivera, Frida Kahlo, David Alfaro Siqueiros, José Clemente Orozco & Co ont envahi ses murs. Placé sous le signe des avant-gardes, le parcours va de 1900 à 1950. Autant dire que tout commence avec un symbolisme d'exportation. Roberto Montenegro s'inspire des visions décadentes de l'Anglais Aubrey Beardsley. Angel Zarraga s'attaque à une vénéneuse «Femme et le pantin» en 1909. 

La suite de l'itinéraire comprend peu de surprises. Il y a là tous les Diego Rivera voulus, de sa période parisienne cubisante aux femmes indiennes brassant des bouquets d'arums. Frida, qui a récemment fait l'objet d'une rétrospective à l'Orangerie, reste plus chichement représentée. Manquent évidemment les «murals», caractéristiques de l'utopie sociale post-révolutionnaire. Ils auraient au moins pu faire l'objet d'une vidéo, histoire d'évoquer l'art monumental. La politique ne se voit en revanche pas oubliée. Il faut dire que le Mexique aura connu une première moitié de siècle pour le moins tourmentée. Il s'agit en plus d'une manifestation hyper officielle, «voulue par les plus hautes autorités mexicaines et françaises». Vous voyez le topo.

Du "stridentisme" au surréalisme 

Il y a eu un réel souci de montrer ici tous les courants de l'art mexicain d'alors, comme l'inspiration populaire ou le nettement plus intellectuel «stridentisme», inspiré par le futurisme italien. Il fallait aussi trouver de la place pour le surréalisme, dont le pays est devenu une terre d'élection dans les années 1930, en raison de son caractère exotique et violent. Bref, on a voulu tout mettre aux murs et ceux-ci en soufrent. «Mexique 1900-1950» donne un peu le tournis à force d'accumulation et d'entassement. Le public a de la peine à suivre. Il est d'ailleurs difficile d'affirmer qu'il accourt nombreux au Grad Palais. 

A deux reprises au moins, avec des écrans multiples, l'exposition texte d'intégrer le cinéma mexicain, produit dans les studios de Churubusco près de Mexico. Il a été extrêmement prolifique dans les années 1940 et 1950. Souvent, il s'agit de sombres mélodrames, avec Maria Felix, Pedro Armendariz, Dolores del Rio ou Ninon Sevilla. On s'y bat et l'on y pleure à longueur de bobines. Normal quand les films s'intitulent «Rio Escondido, Ville d'enfer» ou «Quartier interdit»....

Pratique 

«Mexique 1900-1950», Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au 23 janvier. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.grandpalais.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 22h. Les galeries ferment le jeudi à 20h.

Photo (DR): Morte en 2015, Ninon Sevilla dans l'un nombreux mélodrames dont elle a été la vedette adulée.

Texte intercalaire. 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."