Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La photo de Raoul Haussmann entre au Jeu de Paume. L'après Dada

Crédits: ADAGP, Paris 2018/Berlinische Galerie

C'est un nom connu. Mais peu de gens savent pourquoi. Les plus cultivés rattachent Raoul Haussmann à Dada. Né en 1886, l'homme n'a cependant pas fait partie de l'aventure zurichoise, mais de la berlinoise qui a suivi fin 1918. Il était alors le compagnon d'Hannah Höch, qui gravitait dans les mêmes cercles à la fois destructeurs et créatifs. «Dada était une situation révolutionnaire poétique dans une situation plus large, révolutionnaire elle aussi mais pas du tout poétique», devait dire plus tard l'Allemand venu de Prague.

Ce n'est pas pour cette époque qui a notamment donné lieu à une tête devenue iconique (1), faite d'assemblages, qu'Haussmann se voit aujourd'hui honoré à Paris. Le Jeu de Paume constitue, on le sait, un lieu voué à la photographie classique et contemporaine. Une fois la fièvre retombée, Dada n'ayant pas abouti comme en France à la constitution d'un surréalisme, Haussmann s'est mis à prendre des images avec son appareil. Il est alors devenu agitateur culturel sous une autre forme. Le Berlin des années 20 le permettait, avec sa multitude de lieux d'exposition et de revues. L'artiste devra fuir à la prise du pouvoir par les nazis en 1933. Ibiza, puis la Suisse et enfin la France, dont il ne réussira pas à émigrer en 1940. Le reste de sa vie se passera ainsi en province. Aussi étonnant que cela puisse sembler, l'essentiel de son œuvre (une autre partie ayant été retrouvée dans l'appartement berlinois de sa fille vers 1980) se trouve du coup au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart. Si vous voulez tout savoir, c'est dans la Haute-Vienne.

Dans l'air du temps

Rochechouart est donc partie prenante à l'exposition du Jeu de Paume qui couvre les années 1920 à 1936, moment où Haussmann expose à Zurich avant de se voir expulsé pour des menées politiques jugées communistes par les autorités helvétiques. Selon Cécile Bargues, il s'agit d'un travail à la fois expérimental et classique. «Il n'aime rien tant que résoudre et dépasser les oppositions.» «A tous égards, cette photographie née d'un équipement minimal sert un projet d'existence maximal», poursuit la commissaire sans trop préciser sa pensée. Il y a là des nus féminins en forme de galets, des maisons d'Ibiza ressemblant à des cubes et enfin des collages. Ce n'est pas inintéressant, mais il n'y a pas là de quoi bouleverser l'histoire du 8e art. Le tout se situe clairement dans les expériences photographiques d'alors. C'est bien, mais il faut beaucoup de verbiage intellectuel pour en tirer quelque chose d'autre. Certains œuvres tendent ainsi à exister de nos jours par le verbe. 

(1) Elle se trouve aujourd'hui au Centre Pompidou.

Pratique

«Raoul Haussmann, Un regard en mouvement», Jeu de Paume, jardin des Tuileries, Paris, jusqu'au 20 mai. Tél. 00331 47 03 12 50, site www.jeudepaume.org Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, jusqu'à 21h le mardi.

Photo (ADAGP, Paris 2018/Berlinische Galerie). L'un des nus féminis de Raoul Haussmann.

Texte intercalaire.

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