Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Galerie Canesso montre le Génois Magnasco

Il devient exceptionnel, surtout dans le domaine classique, que des galeries privées proposent des expositions de niveau muséal. On n'est plus au temps des Cailleux ou des Wildenstein. Il faut dire que les institutions étatiques, jadis connues pour leur immobilisme, se concentrent aujourd'hui sur le temporaire. Aussi faut-il saluer à Paris le nouvel effort de Maurizio Canesso. «Alessandro Magnasco, Les années de maturité d'un peintre anti-conformiste» pallient de plus une lacune. Le Génois (1667-1749) n'a à ma connaissance jamais fait l'objet nulle part d'une grande rétrospective. 

Soyons justes. Le nombre d’œuvres présentées reste ici assez minime. Il y a une vingtaine de toiles dans les élégants salons de la galerie, logée non loin de l'Hôtel Drouot. Il s'en trouvera un peu plus au Palazzo Bianco e Gènes, un musée tout ce qu'il existe de plus officiel, quand l'exposition s'y verra présentée du 25 février au 5 juin. Il s'agit en effet d'une «joint venture» privé-public, le privé étant à la fois le moteur et l'essentiel du carburant.

Un Génois actif à Milan

Certaines peintures sont certes à vendre. Maurizio Canesso, qui a décidé de s'installer à Paris en 1994, après avoir collaboré avec Piero Corsini à New York, reste un commerçant. Mais l'homme a emprunté certains tableaux à ses clients et déplacé en France des pièces importantes. Sa présentation peut ainsi culminer avec «Le divertissement dans un jardin d'Albaro», que Maurizio Canesso considère comme le «testament artistique» d'un créateur septuagénaire, voire octogénaire. 

Mais qui est Magnasco? Un Génois ayant fait son apprentissage dès 1677 (il a alors 10 ans) à Milan. Dès les années 1690, il produit déjà là des compositions agitées avec de multiples petits personnages aux corps comme tordus. La vie des couvents et des bohémiens l'inspire, mais il réalise aussi des scènes mettant en scène des Juifs, des quakers et de terrifiants inquisiteurs. Il s'agit là d'un art aussi violent qu'inquiet. La chose n'empêche pas son succès. Après avoir exercé des décennies en Lombardie, Alessando Magnasco retourne à Gênes en 1733. Il y meurt seize ans plus tard.

Un livre-catalogue 

Oublié pendant plus de deux siècles, Magnasco a séduit le XXe. Certains voient en lui un précurseur de Goya, qui n'a pourtant sans doute jamais vu la moindre des ses toiles. Il fait partie des favoris de Maurizio Canesso, qui a déjà réalisé dans le passé plusieurs expositions monographiques. Il y a eu Luca Cambiaso en 2004 et «Le Maître de la toile de jeans» en 2010. Un inconnu du XVIIe siècle dont les personnages arborent tous de la toile bleue de Gênes. Cet anonyme avait fait, tout comme aujourd'hui Magnasco, l'objet d'un livre-catalogue.

Pratique

«Alessandro Magnasco 1667-1749», Galerie Canesso, 26, rue Lafitte, Paris, jusqu'au 31 janvier. Tél. 00331 40 22 61 71, site www.canesso.com Ouvert du lundi au samedi de 11h à 19h. Photo (Galerie Canesso): "La paresse et l'ignorance détruisant les arts et les sciences". Beau sujet!

Texte intercalaire.

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