Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Corée déploie ses trésors céramiques au Grand Palais

Crédits: RMN

C'est assez mal parti. «La terre, le feu, l'esprit» constitue un titre plutôt tartignole. Le sous-titre, «Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne», plombe encore l'atmosphère. Le lieu paraît inadéquat. Pourquoi le Grand Palais alors qu'il existe à Paris le Musée Guimet, voué aux arts asiatiques, et en banlieue celui de Sèvres? Enfin, cette exposition de prestige possède de la grand tort d'arriver tout à la fin de l'année coréenne, dont je vous ai parlé il y a quelques mois. N'aurait-elle pas dû venir en même temps que l'excellente chose en trois parties qu'avaient proposé fin 2015 les Arts décoratifs avec l'artisanat jumelés au design, la mode et le graphisme coréens? 

Seul un public très motivé (c'est comme ça que l'on dit) va donc voir au Grand Palais cet ensemble couvrant l'ensemble de la poterie créée au «Pays du matin calme», de l'Antiquité à nos jours. Voyage express, je m'empresse de le préciser. Tout tient dans une salle aux allures de nef sans donner la moindre impression d'entassement. Il y a au contraire des moments où la présentation se révèle très aérée. Il faut dire que les installations contemporaines, dont bien sûr celle de Lee Ufan (vedette des jardins de Versailles en 2014), exigent un peu de vide autour d'elles.

Installations contemporaines

Le parcours part donc des Trois Royaumes (57 av. J.-C.-668 de notre ère) pour passer par le Royaume de Silla et les dynasties Goryeo (on disait naguère Koryo) et Joseon (on prononçait il y a quelques décennies encore Choson), qui s'est terminée avec l'annexion japonaise de 1910 (1). Le sommet se voit à mon avis atteint avec les céladons Koryo, dont le vert, orné de motifs noirs et blancs, se rapproche toujours un peu du gris. Il y a là des pièces superbes. Cette exposition archi-officielle, pilotée par Kim Youngna, a pu puiser dans les «trésors nationaux». Notons cependant que, sans faire le voyage, les Genevois peuvent découvrir des faïences presque aussi belles à la Fondation Baur. 

Tout se termine donc avec aujourd'hui, histoire de prouver qu'en art aussi la Corée du Sud reste un «dragon» asiatique. La pièce récente la plus spectaculaire est sans doute ici celle de Yeesookyung, faite de pièces cassées et ré-assemblées avec des soudures métalliques afin de former une véritable sculpture. La chose ne semble pas dénuée d'arrière propos. Si j'ai bien lu, «les symboles d'échec se muent en victoires nouvelles et captivantes.» Que voulez-vous? Impossible n'est pas coréen. 

(1) Ce sujet délicat se voit bien sûr évité.

Pratique

«La terre, le feu, l'esprit, Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne», Grand Palais, avenue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au 20 juin. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.grandpalais.fr Ouvert tous le jours, sauf mardi, de 10h à 20h. Le mercredi jusqu'à 22h.

Photo (RMN): Un oreiller en céladon de la dynastie Koryo (Xe-XIVe siècles)

Texte intercalaire.

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