Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La collection Hays ira à Orsay. Un déluge de Bonnard et de Vuillard

Crédits: Musée d'Orsay

C'est maintenant tout à fait officiel et on connaît les conditions. J'ai lu ça hier, 21 octobre, sur «La Tribune de l'art», un journal en ligne. Le Musée d'Orsay a reçu sous réserve d'usufruit (mais les donateurs frôlent la huitantaine) un ensemble de 187 œuvres, estimées globalement à 173 millions de dollars. Les Parisiens les ont déjà presque toutes vues. L'institution a présenté cette collection en 2013 sous le titre d'«Une passion française». A tous les sens du terme, du reste. Marlene et Spencer Hays vivent à Nashville, Tennessee (la ville d'Elvis Presley) dans la copie exacte, en pierres, d'un hôtel particulier de la rue de Grenelle remontant à la fin du XVIIIe siècle. Un type de geste architectural qu'on croyait terminé depuis 1914. 

Qu'y a-t-il dans ce lot? En bien cette première partie d'une collection (600 œuvres), qui devrait se voir donnée petit à petit, comporte 23 Vuillard, 12 Bonnard, une trâlée de Maurice Denis plus des Degas, des Caillebotte ou des Odilon Redon. Les Hays ont développé un faible pour la fin du XIXe siècle. Ils ont aussi la notion de collection. Leurs tableaux devront ainsi demeurer regroupés, comme à Orsay ceux des Kaganovitch ou de Philippe Meyer. Un musée dans le musée, en quelque sorte. En revanche, l'institution pourra prêter des pièces, sauf les plus fragiles d'entre elles. En ayant opté pour la France, les Hays sont en plus sûrs de l'inaliénabilité.

Autre largesse 

Cette largesse arrive peu après l'entrée de 141 œuvres nabies données par Jean-Marc Marie-Rivière. Il y a là 141 créations de Pierre Bonnard et d'Edouard Vuillard. La chose me met un peu mal à l'aise. N'est-ce pas trop en un seul lieu? Je veux bien que Guy Cogeval, que les Hays connaissent depuis 2001, alors qu'il était en poste à Montréal, soit le spécialiste incontesté de Vuillard. Mais n'a-t-il pas trop axé les enrichissements sur cet artiste et ses amis? Le musée ne cesse ainsi d'acquérir des Félix Vallotton ou des Maurice Denis, alors que ce dernier possède mon propre musée à Saint-Germain-en-Laye, le Prieuré. 

Il conviendrait à mon avis qu'une large partie de cette manne (ou d'autres œuvres nabies du musée) puisse arriver jusque dans les institutions de province, si pauvres en la matière. Lyon. Rennes. Toulouse. Grenoble. Mais, pour cela, il faudrait que Paris se montre un peu partageur. Un rien équitable. Or, si vous voulez mon avis, il n'a que trop tendance à croire que la capitale est entourée d'une banlieue allant jusqu'à la mer. 

Photo (Musée d'Orsay): Une nature morte au homard de Gustave Caillebotte.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."