Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Biennale des Antiquaires aura bien lieu, mais en petit comité

Crédits: Philippe Lopez/AFP

Elle aura lieu! Je ne parle pas de la Guerre de Troie, comme dans la dernière réplique de «La Guerre de Troie n'aura pas lieu» de Jean Giraudoux. Je confirme ici l'existence de la Biennale des Antiquaires de Paris, trentième du nom depuis 1962. J'avoue que je me posais des questions. Aucune nouvelle depuis plusieurs mois. Des bruits fâcheux par contre, mais en existe-t-il d'autres? Et puis voilà! L'invitation vient de tomber en plein juillet, quand les gens ne sont pas là, sauf moi qui reste lié à mon ordinateur comme un serf à sa glèbe. Il y a juste les dates qui ont changé par rapport aux premiers communiqués. Les choses se dérouleront finalement du 8 au 16 septembre au Grand Palais parisien. C'était au départ un peu plus tard.

Le dossier de presse est gigantesque, 54 pages. Soyons juste. Il y a bien du vide à l'intérieur. Aucune liste complète des exposants par exemple. Ils devraient atteindre les 70, au lieu des 85 ou 100 habituels. Un «Focus» se contente d'en citer 60, dont aucun grand joaillier et, soyons justes, peu de grands noms du métier. Deux tiers de Français et le troisième d'étrangers, ce qui ne fait pas très international. Le tout se veut comme de juste placé sous le signe de l'excellence. Du rare. Du luxueux. Un dîner de 800 couverts (auquel je ne suis bien sûr pas invité) précédera ainsi le vernissage et l'ouverture au public. Les recettes devraient aller à la protection du patrimoine dans les zones de conflit. Autrement dit les zones à risques. Vu les faibles sommes accordées au patrimoine français par le Ministère de la culture, on se demande s'il ne faudrait pas mieux commencer par balayer devant sa porte.

Ouvrir à la jeune génération

Mathyas Ary Jan préside la Biennale, qui a connu ces dernières années des guerres de coulisses dignes des sérails ottomans. A 47 ans, ce spécialiste de la peinture orientaliste du XIXe siècle, avec plein d'odalisques et de palmiers, incarne la jeunesse d'une manifestation vieillissante. Selon lui, la décision de rendre la biennale annuelle aurait dû se voir prise il y a longtemps. «Il faut limiter le nombre des galeries présentes pour leur offrir des espaces plus importants.» Paris est la dernière grande ville à conserver un tel réseau de galeries et de marchands à l'heure où les maisons d'enchères jouent aux rouleaux-compresseurs. 

Il convient donc d'assurer une place non plus aux seules maisons historiques, mais à la relève. La Biennale possède enfin une fonction patriotique. «Ce n'est pas seulement un foire commerciale, mais une grande manifestation culturelle française.» Histoire de faire moderne, le décor se verra confié à Jean-Charles de Castelbajac, dont je n'avais plus entendu parler depuis des âges. Histoire de faire vieux, Pierre-Jean Chalençon présentera une partie de sa collection de souvenirs napoléoniens. «L'empereur», tel qu'il se voit surnommé à l'Hôtel Drouot, en a rassemblé plus de 1200. Il a bien fallu choisir.

Trois maisons suisses 

Voilà. Quand je vous aurai dit qu'à part le dîner il y aura un parcours VIP (où je ne suis pas non plus prié), il ne me restera plus qu'à vous donner la liste de participants suisses. Je ne vois pas pourquoi je ne serais pas chauvin moi aussi. Il y a côté peinture et dessins le Zurichois Arturo Cuellar. Le Bâlois David Cahn représentera l'archéologie. The Beautiful Watch, qui possède des ramifications à Genève, incarnera l'horlogerie. Toutes les pièces se verront bien sûr expertisées. On connaît les scandales qui ont secoué le marché de l'art français. Il n'y aura pas moins de 100 experts pour examiner 5000 objets en deux jours. Notons qu'aucun expert ne pourra se voir choisi parmi les exposants. Cela dit, les rejets avaient été nombreux en 2017. Un stand de lustrerie n'avait ainsi pas pu se voir ouvert. Il restait drapé de noir durant la foire, comme une veuve d'avant la guerre de 14. Tout ou presque avait été rejeté lors du «vetting».

Si la Biennale aura bien lieu, avec si possible 40 000 visiteurs à 35 euros le billet d'entrée, il n'en ira pas de même pour Sublime, la foire concurrente annoncée par Christian Deydier, directeur révoqué de la Biennale. Sa première édition a été renvoyée à 2019, autrement dit à la Saint-Glinglin. En novembre, Paris verra en revanche la seconde mouture de Fine Arts Paris du 7 au 11 novembre au Carrousel du Louvre. La première, proposée à la Bourse, constituait une réussite. Du coup, certains ont préféré cette manifestation plus modeste à la Biennale, dont l'édition 2017 s'était soldée par un four comme d'ailleurs celle de 2016. Cela dit, il y a de toutes manières trop de foires... La Biennale jouera donc à mon avis sa peau début septembre. Il faut aussi dire qu'elle reste de loin la plus chère pour les exposants. Et pas la plus chic. Au dessus, il y a tout de même la TEFAF à Maastricht. Mais ne le répétez pas. Je ne vous ai rien dit.

Photo (Philippe Lopez/AFP): La Biennale version 2016. Le décor était alors de Nathalie Crinière.

Prochaine chronique le mercredi 1er août. Nîmes a ouvert son Musée de la Romanité.

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