Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/L'architecture en photos de Stéphane Couturier

Il y a longtemps que le public voit de ses images, mais c'est généralement en passant. De simples citations dans des expositions d'architecture. Aujourd'hui présent à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris, Stéphane Couturier a en effet commencé par donner des vues insolites de villes en chantier. Il tend aujourd'hui vers un travail plasticien qui doit avant tout satisfaire ses galeristes et les amateurs d'art. J'avoue éprouver un peu de peine devant ses diptyques, ses triptyques et maintenant ses panoramiques. Il me semble que Couturier s'éloigne un peu du sujet pour donner une œuvre, avec un grand «œ» accolé majuscule. Tout restait plus simple, et surtout plus direct, lorsqu'il exposait en 2004 à la Bibliothèque nationale de France... 

Consultons les sites. «Stéphane Couturier est né en France en 1957.» Suit, comme d'habitude, une liste interminable d'expositions ici ou ailleurs. Une liste dont le commun des mortels se fiche comme d'un colin tampon. Contrairement au cinéma et à la littérature, si riches en anecdotes et en détails, les beaux-arts ne savent guère communiquer. Disons donc afin de compléter que le Parisien est apparu sur la scène au début des années 1990. Les amateurs ont a ainsi pu découvrir, tirées en très grand, ses «Archéologies urbaines» (1995-1998), avant que l'homme passe aux «Monuments» (1999-2002), puis au «Landscaping» (2001-2004).

Paysages urbains et périphériques

De quoi s'agit-il? De montrer le paysage urbain, puis périphérique. Les villes changent tout de temps, même si nous en «empaillons» parfois les façades pour faire du moderne à l'intérieur. L’archéologie urbaine montrait au public ces opérations évoquant celles que subissent les humains dans un service chirurgical. «Une cité est un organisme vivant en perpétuelle mutation», explique Couturier. «C'est son hétérogénéité qui en fait la richesse.» Il y a aussi l'idée de couches successives, produites par la sédimentation du temps. On pense, mais je sors ici de l’œuvre de l'artiste, à ces églises de Rome dont le visiteur n'en finit plus de découvrir les entrailles souterraines, qui le font remonter (tour en descendant des escaliers) jusqu'à l'Antiquité. 

Avec les «Monuments», moins représentés à la Maison européenne de la photographie, l'histoire sortait du champ photographique. Couturier montrait la guerre que se livrent, en banlieue, les tours écrasantes et les résidences pavillonnaires se développant à la manière d'un cancer. Peu de signes du passé également dans le «Landscaping». Il concernait les lotissements aux Etats-Unis et au Mexique. Aucun rappel des temps anciens enfin dans «Melting Pot». La série marque, au propre, une changement de vue chez l'auteur. Couturier fond désormais l'une dans l'autre deux images parentes de chaîne d'usine, ce qui multiplie les signes inscrits sur le papier. Rien de flou dans ces rencontres inopinées. Sans posséder la froideur de l'école allemande initiée par les Becher, l’œuvre de Couturier se révèle d'une netteté redoutable.

Une cité en Algérie 

La MEP met bien sûr l'accent sur le dernier travail en date de Couturier, conduit en Algérie l'an dernier. Le Français a réussi à s'infiltrer dans l'ancienne Cité Climats, construite par Fernand Pouillon entre 1954 et 1957, au début de la guerre d'indépendance. Il s'agissait alors de loger 5000 personnes dans des conditions favorables. Né en 1912, Pouillon luttait contre le béton à coup de pierre, de céramique, de vitres et d'acier, en s'engageant à mener le projet à bien au plus bas coût et le plus vite possible. Soixante ans plus tard, 50.000 personnes se sont approprié la cité, bouchant ici des fenêtres et en ouvrant d'autres ailleurs. Un bidonville s'est propagé sur les toits. 

Couturier a voulu témoigner de cette vie nouvelle, ô combien bourgeonnante. La carcasse demeure. L'esprit et les conditions ont changé. La Cité de Pouillon, qui en a construit plusieurs autres à Alger, où il a refait carrière après avoir été radié de l'ordre des architectes en France, ne fait pas partie des lieux les mieux famés de la ville. Le photographe a pourtant réussi non seulement à faire des images fixes, mais des portraits d'habitants (ce qui constitue pour lui une nouveauté) ou même des films. L'esprit rejoint celui de l'archéologie urbaine de départ, en plus brutal. Il y a tout de même une certaine différence entre regarder un chantier de luxe du côté des Champs-Elysées et voir se déliter un immeuble barre dans ce qu'on eut jadis appelé le tiers monde.

Pratique

«Stéphane Couturier», Maison européenne de la photographie (MEP), 5-7, rue de Fourcy, Paris, jusqu'au 17 janvier. Tél. 0331 44 78 75 00, site www.mep-fr.org Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 20h. La MEP montre parallèlement diverses autres expositions, dont une belle rétrospective consacrée au photo-reporter Bruno Barbey pour ses 50 ans d'activité. Photo (Stéphane Couturier): Une façade de la Cité Climats à Alger.

Prochaine chronique le mercredi 9 décembre. J'étais au colloque Saint-Ours à Genève. Je vous raconte.

 

 

 

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