Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/"Fashion Forward" raconte 300 ans de mode aux arts décoratifs

Crédits: AFP

C'est un somptueux gâteau d'anniversaire que ce «Fashion Forward»! Il fallait cependant bien ça. Le Musée de la mode parisien fête ses trente ans. Je ne vous parle ici pas du Palais Galliera, qui relève de la Ville de Paris, mais de l'institution concurrente, logée aux Arts décoratifs. La base des collections est ici très ancienne. C'est en 1986 seulement qu'elles ont reçu leurs salles. Celles-ci ne se trouvaient alors pas au même endroit qu'aujourd'hui. Elles logeaient sur plusieurs étages dans le pavillon de Marsan, qui marquait jadis la jonction avec le palais des Tuileries. C'est là que se trouvent aujourd'hui les arts décoratifs du XXe siècle. 

«Fashion Forward» constitue, pour continuer dans la langue de Shakespeare, un «best of». Aucun fil conducteur autre qu'historique. Le musée montre le meilleur de ses collections, de la fin du XVIIe siècle (il ne subsiste rien d'antérieur en France, contrairement à l'Angleterre) à aujourd'hui. Le musée possède un fonds ancien, qu'il complète parfois par des achats. Les élégantes ont donné ou légué leurs garde-robes (une exposition s'intitulait du reste il y a quelques années «Garde-Robes»). Les créateurs eux-mêmes ont fait des cadeaux, pas tout à fait désintéressés. Leur présence dans une collection presque nationale (Les Arts décoratifs conservent un statut hybride) rehausse leur prestige.

Le grand jeu pour les années 1940 à 2016 

Les époques anciennes se trouvent dans les galeries autour de la nef. Les vêtements se voient mis en contexte par des peintures et des éléments de mobilier. Le public en arrive ainsi aux années 1930 avec ce qu'il faut de Chanel, de Schiaparelli et surtout de Madeleine Vionnet (qui reste l'une des grandes donatrices). Il débouche ensuite dans la nef, remplie par une spectaculaire construction tenant du podium pour défilé et de l'escalier d'opéra. C'est là que se trouvent les robes créées depuis les années 40. Je dis bien les robes. Côté parité, l'exposition a raté son coup. Qu'attendent donc les hommes pour pousser des hauts cris auprès du gouvernement? 

Le visiteur reconnaît les griffes. Il y a un style Dior. Charles James reste inimitable. Les modèles de Saint Laurent sont gravés dans les mémoires, en tout cas de celles des visiteuses. La couture étrangère, italienne ou anglaise, reste superbement oubliée, ce qui simplifie les identifications. Pour l'actualité, il faut en revanche avoir un œil de «fashionista» pour distinguer une firme de l'autre, en dépit des efforts d'excentricité. Qu'importe! L'ensemble est somptueux. En accord avec l'architecture du lieu. Bref, il s'agit d'une réussite. 

Un dernier mot. L'exposition remercie chaleureusement Pierre Bergé, aux origines du musée. Ce diable d'homme, aujourd'hui âgé de 86 ans, se retrouve vraiment partout!

Pratique

"Fashion Forward, Musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, Paris, jusqu'au 14 août. Tél. 00331 44 55 57 50, site www.lesartsdecoratifs.fr Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi jusqu'à 21h.

Photo (AFP): Une plongée sur la salle consacrée aux années d'après-guerre. Au centre de l'image, le célèbre tailleur "Bar" de Christian Dior.

Texte intercalaire.

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