Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Drawing Now fait dans le figuratif en noir et blanc. Le goût du jour!

Crédits: Alain Jossaud/Galerie Claire Gastaud

C'est tout près de la place de la République, qui sert souvent de forum aux manifestants venus déverser leurs colères. Construit vers 1850 à l'emplacement du Temple (où avaient été enfermés Louis XVI et Marie-Antoinette), le Carreau du Temple est longtemps resté à l'état de demi ruine. Il a repris du poil de la bête depuis quelques années, se dotant même d'un sous-sol habitable. Un lieu idéal pour Drawing Now, qui y prend ses quartier au mois de mars. Il faut dire que le salon parisien avait une fois tâté d'un bâtiment en péril lors de ses vertes années. Il restait alors itinérant et sans prétentions. Sur ces deux points les choses ont bien changé, alors que la foire connaît sa douzième édition avec 72 participants internationaux. Il y a même des Suisses! 

«Pour ma troisième exposition en tant que galeriste dans les années 1990, j'avais voulu montrer du dessin contemporain», explique Christine Phal, une dame toute ronde se situant à l'inverse du stéréotype anorexique de l'art contemporain. «Ce n'était pas encore à la mode chez les jeunes artistes.» Ainsi est née l'idée d'une manifestation annuelle. Elle a pris corps dans des bureaux abandonnés et divers locaux voués à de prochaines (et moins prochaines) réfections. Il y avait alors des audaces. Je dirais même des coups de folie. Je me souviens d'un immeuble près des Champs-Elysées n'affichant que des œuvres monumentales. Elles allaient jusqu'à une dizaine de mètres en longueur. Invendables bien sûr, mais ce n'était pas le but. «J'ai fermé ma galerie. C'est plus intéressant de promouvoir aujourd'hui 400 artistes que d'en materner quatorze.»

Net embourgeoisement 

En 2009, Carine Tissot (qu'il ne faut pas confondre avec la commissaire romande Karine Tissot) rejoignait l'équipe et lui donnait des ambitions commerciales. Carine, qui répond physiquement à l'idée que me fais de la Walkyrie, est du genre «pushy», comme disent les Anglo-saxons. Avec elle, c'est pousse-toi de là que je m'y mette. Il s'agissait de faire comprendre au public et aux médias que le Salon du Dessin était une vieille lune faite pour de vieux croûtons. S'appuyant sur un solide comité de sélection indépendant («il faut dissocier les participants des jurés»), la directrice s'est débrouillée pour que Drawing Now passe en premier partout, voire élimine des médias le Salon. C'était jeune. Dynamique. L'avenir, quoi! 

La chose avait un prix. Il s'agissait de redescendre sur Terre. De s'embourgeoiser. De proposer du vendable en surfant sur la mode nouvelle de dessin actuel. Les œuvres sont devenues plus petites, histoire de pouvoir trôner au-dessus du canapé. Elles ont reflété les tendances du jour. Rien à voir avec les élucubrations conceptuelles proposées sous nos cieux romands par la HEAD, l'ECAL ou les Prix Manor. La place va au beau métier artisanal, avec des coups de crayon d'une maîtrise souvent étonnante, parfois même stupéfiante. Et ça marche! «J'ai presque tout vendu le soir du vernissage», confiait la star du genre Fabien Mérelle chez Art Bärtschi & Cie. Le prix pour une de ses miniatures (une grande miniature ici!) allait jusqu'à 14 000 euros. «Mais c'est pour une pièce sur laquelle j'ai travaillé pendant trois mois.»

Hyperréalismes 

D'une manière générale, l'abstraction a disparu. Elle signale souvent un créateur âgé, comme le regretté Gottfried Honegger chez Römerapotheke de Zurich. La mode est plutôt aux images en noir et blanc, pleines de références non plus picturales mais cinématographiques (ou BD), et souvent exécutées d'après photos. Le public peut en juger. Chaque stand met en principe un «Focus» sur une personnalité. Il y a des choses très bien. Albert Benamou et Véronique Maxé proposent Sam Kaprilov, dont «l'art noir» reprend des polars hollywoodiens des années 40. «C'est presque un quiz. Très peu de gens ont vu «Dark Corner» avec Clifton Webb et Lucille Ball.». Chez l'Autrichienne Heike Curtze, les feuilles hyper-réalistes un peu grises d'Erich Gruber intriguent et séduisent. «Tout le monde regarde ses papillons épinglés proposés sous le titre de Carrousel.» 

Au fil du temps, Drawing Now s'est fait un nombreux public et des clients attiré par une gamme de prix dont la moyenne tourne autour de 3000 euros. Les participants tendent également à se fidéliser. «Mais attention», explique Claudine Papillon. «Ils doivent chaque fois se voir acceptés sur projet. Il n'y a pas ici de droit à occuper un place permanente.» Il existe aussi une tourne générationnelle. «Nous ne sommes plus que quatre galeries à avoir participé à toutes les éditions», précise la galeriste, qui essaie de «ne pas trop suivre les tendances du moment». Pour certains, c'est naturellement l'occasion de se montrer dans une capitale. Pensez que la Galerie C, qui poursuit un vrai travail de fond, se niche dans une annexe du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel!

Galerie et hôtel

Comme tout salon se respectant, Drawing Now possède bien sûr ses annexes. Parlotes (dites «talks») ou projections. «Nous avons aussi depuis un an une permanence», conclut Christine Phal. Dans un local réhabilité de la rue de Richelieu, tout près du Louvre, se trouve la galerie Drawing Now.» Cette dernière se double même d'un hôtel branché. Côté prix, le courant ne passerait pas pour moi. J'ai été regarder les prix. Il commencent à 290 euros la chambre. C'est fait pour les riches faussement "cool". Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin!

Pratique 

«Drawing Now, Carreau du Temple, 4, rue Eugène Spuller, Paris, jusqu'au dimanche 25 mars. Site www.drawingnowparis.com Ouvert de 1h à 20h, jusqu'à 19h le dimanche.

Photo (Galerie Claire Gastaud). Une des oeuvres d'après photos d'Alain Jossaud. Le style mode en ce moment.

Texte intercalaire.

 

 

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