Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/"Dada Africa" passe du Rietberg de Zurich à l'Orangerie. Une réussite!

Crédits: Connaissance des Arts

2017 marque parallèlement le centenaire de l'urinoir de Marcel Duchamp et le lancement de Dada. Zurich, où les choses ont commencé au Cabaret Voltaire, ne pouvait ignorer ce second événement. Toute une série d'expositions s'est déroulé au début de l'année. Je vous en ai parlé en leur temps. La principale se tenait au Musée National. Elle se révélait du reste très réussie en rapprochant le chaos de 1917 aux mouvements contestataires alémaniques des années 1980. Le «Krawall».

Parmi les manifestations organisées se trouvait «Dada Afrika» au Museum Rietberg (1). Une présentation satellite, un peu serrée pour ne pas dire plus. Il fallait avoir vu le Musée National pour vraiment comprendre. Le but était de montrer comment la «sauvagerie» du Continent noir avait marqué les acteurs du mouvement. Une figure comme celle du marchand et galeriste suisse Han Coray (un des premiers spécialiste du marché de l'art africain) s'y voyait largement mise en avant aux côté de Sophie Taeuber, d'Hugo Ball ou de Marcel Janco.

Une exposition repensée 

«Dada Africa» arrive aujourd'hui à Paris, où l'exposition se trouve dans le sous-sol de l'Orangerie. Il ne faut pas voir là un simple déplacement. Il s'agit d'une présentation entièrement repensée. Il lui a fallu devenir autonome en racontant toute l'histoire, avec ses prémisses et sa conclusion surréaliste. Autant dire que les cinq commissaires ont eu du pain sur la planche. Il leur fallait à la fois approfondir et synthétiser. L'espace à leur disposition ne se révélait pas infini. 

Tout commence ici par la découverte en France de la création sub-saharienne. Il y a un Picasso peint à Gosol (qui appartient comme par hasard à l'Orangerie), un Schmidt-Rottluff ou le texte des «Impressions d'Afrique» de Raymond Roussel. Suit Dada proprement dit, avec aussi bien le théâtre de marionnettes de Sophie Taeuber pour «Le Roi Cerf» que l'affiche de la soirée d'ouverture du 5 février au Cabaret Voltaire. Le tout ponctué de masques africains. L'Océanie se voit représentée par une sublime pointe de pirogue maori de la fin du XVIIIe siècle. Dada voyait large. Bien des pièces ont été prêtées par la collectionneuse (et galeriste) Nathalie Seroussi. Elles n'étaient pas à Zurich. Tout se termine avec «Dada fusion, post dada». Nous sommes ici aussi bien à Berlin, avec Hanna Höch ou Raoul Hausmann, qu'à Paris en compagnie de Max Ernst et déjà d'André Breton.

Le tour du problème 

Bien conçu, intelligemment mis en scène, imaginatif, le parcours fait le tour du problème. C'est une petite exposition sans œuvre de trop, ni lacune évidente. Un parfait cours pour débutants comme un florilège à l'intention des connaisseurs. Avec des idées. Il était notamment bon de montrer une fois non pas un seul masque mais un costume de danse africain complet, avec ses flots de paille. C'est cet ensemble qui a inspiré Dada, qui possédait tout un aspect performatif et éphémère aujourd'hui bien évidemment perdu. 

(1) L'exposition était alors coproduite avec la Berlinische Galerie de Berlin.

Pratique 

«Dada Africa», Musée de l'Orangerie, Jardin des Tuileries, Paris, jusqu'au 19 février 2018. Tél. 00331 44 50 43 00, site www.musee-orangerie.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h.

Photo (Connnaissance des Arts): Une des salles de "Dada Africa" à l'Orangerie.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur "Les forêts natales" au Quai Branly.

 

 

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