Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Budapest déverse ses "chefs-d'oeuvre" au Musée du Luxembourg

Crédits: RMN/Musée de Luxembourg

«Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Ronai...» Vous me direz que le dernier de ces noms n'est pas très connu. La politesse exigeait que l'affiche, par ailleurs ornée d'un de ses tableaux Nabi, cite l'artiste. Depuis quelques mois, le Musée du Luxembourg, à Paris, présente les «Chefs-d’œuvre de Budapest». Il y a déjà longtemps que la capitale hongroise sert de garde-manger pictural. La défunte Pinacothèque de Paris avait déjà été chercher là-bas de quoi monter une exposition, il y a quelques années. Le plat principal était alors la «Madone Esterházy» de Raphaël. 

Il faut dire que l'institution se trouve en révolution culturelle depuis 2008. C'est très compliqué. S'il semble clair que le le Szépmuvészeti Múzeum, fermé en février 2015 doit rouvrir (à moins d'un retard) en mars 2018 dans son grand bâtiment de 1906, l'avenir de la Galerie nationale demeure encore nébuleux. Le gouvernement prévoit un pôle moderne, ruineux à construire, qui a fait beaucoup d'insatisfaits. La Galerie a cependant ici assuré quelques prêts. Une dizaine en tout. Il ne pouvait passe dire que l'histoire de l'art s'était faite sans la Hongrie, même s'il reste difficile de parler d'une peinture locale avant le milieu du XIXe siècle.

Une collection princière 

L'essentiel des collections anciennes provient de celle des princes Hesterházy, acquise en bloc peu après la création de l'Empire austro-hongrois en 1867. Il s'agit d'un ensemble somptueux, qui réunit les plus grands noms. Outre ceux cités par la publicité, il faut ajouter au Luxembourg ceux de Cranach (une merveilleuse «Salomé»), de Frans Hals, de Boltraffio (une «Vierge à l'enfant» extraordinaire), d'Albrecht Altdorfer ou, dans un autre registre, de Gauguin, de Cézanne (venus bien sûr d'autres sources). L'exposition empiète même sur le XXe siècle, avec quelques constructivistes. On sait que Budapest n'est voulue moderniste dans les années 1920, même si elle a alors subi la première des dictatures fascistes avec le régent Horthy. 

Depuis 2015, des tableaux de Budapest voyagent donc. J'ai vu l'an dernier une exposition du même type à Milan, où elle occupait le rez-de-chaussée du Palazzo Reale. Beaucoup de panneaux et de toiles se retrouvent à Paris, mais pas tous. Le Velázquez, très rarement vu hors de Hongrie, ne fait cette fois pas partie du voyage, alors qu'on retrouve aux murs l'immense «Saint Jacques» de Tiepolo ou le portrait, qu'il permis de trouver assez moche, de Jeanne Duval, la maîtresse de Baudelaire, par le jeune Edouard Manet. Les Greco sont aussi de retour. Rutilants. Les récentes restaurations de Budapest ne brillent pas (enfin si, elles brillent!) par leur discrétion.

Une exposition assez restreinte

La présentation de cette manifestation, qui tient du chariot de hors-d’œuvre ou du plateau de pâtisseries, est soignée. Nous sommes au Luxembourg. Fermé de 1937 à 1976, le lieu est redevenu alors un espace d'art. Il y a eu, de 2000 à 2010, les années Marc Restellini, lancées avec la présentation de l'aujourd'hui dispersée Collection Rau. Remercié, le monsieur a ensuite fondé la Pinacothèque de Paris. Le Réunion des musées nationaux (RMN) a alors pris le relais, ce qui a permis des rétrospectives fastueuses organisées par des conservateurs du Louvre. La première fut Cranach. On se souvient depuis du Fragonard ou de la superbe exposition sur la nuit à le Renaissance, montée en tandem avec Florence. 

Avec Budapest, pas de réflexion. Aucun propos novateur. Il s'agit bien de donner à voir, même si Goya se voit audacieusement mis en rapport avec Füssli. Un but parfaitement louable, face à des œuvres d'une telle qualité (j'ai un faible pour le Böcklin montrant la visite d'un centaure à un maréchal ferrant). Tout le monde ne va pas en Hongrie. L'accrochage et l'éclairage se révèlent de plus soignés dans ce florilège fatalement un peu court. Quatre-vingt numéros à peine en comptant quelques sculptures et un ou deux dessins.

Fantin-Latour en septembre 

Que voulez-vous? Le lieu est petit et le gros de la clientèle (des dames madérisées) assez vite fatigué. Un salon de thé existe du reste dans la cour. Angelina, comme à la rue de Rivoli, mais sans le décor 1900. Dès le 14 septembre, le Luxembourg proposera Henri Fantin-Latour, peu vu à Paris depuis la grande rétrospective du non moins Grand Palais en 1982-1983. Gageons qu'il y aura beaucoup de fleurs de l'artiste dauphinois, mort en 1904. Moins de ses thèmes wagnériens. Ici, la peinture doit rester une fête.

Pratique

«Chefs-d’œuvre de Budapest», Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris, jusqu'au 10 juillet. Tél. 00331 40 13 62 00, site www.museeduluxembourg.fr Ouvert tous les jours (ce doit bien être le seul musée de France!) de 10h à 19h, le vendredi jusqu'à 21h30.

Photo (RMN): La "Salomé" de Cranach. Détail.

Prochaine chronique le samedi 11 juin. Le Swiss Press Photo propose les lauréats de son prix à Zurich.

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