Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS / Bob Wilson et Lady Gaga au Louvre, le fiasco

L’œuvre brille au Louvre à quelques mètres de "La Joconde". Placée sous verre, l'image exige de l'attention. Il s'agit d'un tableau à la fois mort et vivant. Reprenant la pose du cadavre du Marat peint par David en 1793, Lady Gaga retient son souffle. Cette vidéo de Bob Wilson a été réalisée quelques jours avant sa présentation parisienne. La capitale française rend en effet hommage au metteur en scène américain, révélé par Nancy dès 1971. 

On pouvait s'attendre, avec deux noms aussi connus, à un attroupement dépassant celui provoqué par Mona Lisa. Eh bien non! Personne ne regarde. Nul ne lit le cartel explicatif. Les gens passent, à la recherche de "La grande odalisque" d'Ingres ou du "Radeau de la Méduse" de Géricault. C'est à l'homme de presse que je demeure d'être médusé. Décidément, un événement médiatique peine à exister hors de pages de journaux et des émissions de télé!

La chambre au 500 objets 

Ailleurs dans le Louvre (car l'exposition "Living Rooms de Bob Wilson est éclatée), même désintérêt. Pas un chat, près des fouilles archéologiques, afin de regarder d'autres vidéos où Lady Gaga incarne "Mademoiselle Rivière" d'Ingres (1806) ou le Saint Jean-Baptiste décapité par Andrea Solario (1507). Trop intellectuel? Pas assez évident? Ou la présentation, comme je vais le développer plus tard, ne s'est-elle pas simplement trompée de musée? 

Le cœur de "Living Rooms" occupe la Chapelle, au premier étage. "Je voulais montrer quelque chose de personnel; j'ai donc amené ma chambre", explique Bob Wilson, 72 ans. Aujourd'hui empâté, ce qui lui va plutôt bien, l'ancien Texan famélique propose au visiteur son lit et sa vie. Il doit y avoir là un demi millier d'objets, collectionnés depuis ses 12 ans. "Le premier était un petit tableau naïf, acquis pour 75 cents."

De tout un peu 

Sur les murs, allant jusqu'au plafond, il y a de tout, présenté au besoin sur des étagères. Du recherché et de l'improbable. Du vieux et du presque neuf. Du "high" et du "low", pour reprendre la terminologie américaine. Comprenez par là qu'un portrait de Gertrude Stein par Man Ray, dans un fabuleux tirage des années 1920 valant une fortune, se retrouve à côté d'un gant d'enfant usagé. Ramassé dans la VIIe Avenue, ce dernier a été placé dans une vitrine qui le transforme en relique presque sacrée. 

Il y a à peine une ou deux personnes à la fois (alors que le Louvre accueille 30.000 visiteurs par jour!) pour découvrir ce musée sentimental. Il faut dire que Wilson ne leur facilite pas les choses. A douze objets près, tout reste à identifier. Pas d'étiquettes. Pas de liste. C'est aller loin dans les exigences, même si personne n'appose de cartels chez lui. Comment distinguer une sculpture Sepik de celle, bouddhique, de Thaïlande ou d'une ethnie africaine (mais laquelle, au juste)? De quelle manière reconaître les différentes icônes du design? Le visiteur sait juste où se trouvent les chaussons de danse de Noureev et les escarpins de Marlène Dietrich.

A la manière d'André Breton 

Beau, souvent émouvant, cet autoportrait en objets n'avait donc rien à faire au Louvre. Il eut été parfait au Centre Pompidou, dont le musée a conservé, pour l'actuel accrochage signé Catherine Grenier, le mur d'objets accumulés par André Breton. La démarche se révèle finalement la même, la principale différence étant que Beaubourg explique chaque pièce, même s'il est clair que nul ne lit jamais la liste complète. 

Dans ces conditions, on peut comprendre que Jean-Luc Martinez, directeur du Louvre depuis avril 2013, ait déclaré que son musée n'organiserait plus de présentations contemporaines décalées. Il faudra désormais un rapport avec les collections. Sous le règne de son prédécesseur Henri Loyrette, de nombreux péchés d'intellectualisme ont été commis. Demander hier à Jacques Derrida (ou pire encore à Julia Kristeva...) et aujourd'hui à Jean-Marie le Clézio (un désastre...) une exposition beaux-arts n'a aucun sens. De quelle caution culturelle la maison a-t-elle encore besoin?

Pratique

"Bob Wilson, Living Rooms", Musée du Louvre, jusqu'au 17 février. Tél. 00331 40 20 50 50, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 17h30, les mercredis et les vendredis jusqu'à 21h30. Photo (AFP): Bob Wilson dans la chapelle du Louvre remplie par ses soins.

 

"Le surréalisme et l'objet" à Beaubourg. Ouille!

Comment dire? "Le surréalisme et l'objet", au dernier étage de Beaubourg, reste une exposition convenue. Il y a là les Man Ray qu'on attend près des Meret Oppenheim prévus. Une grosse place a été laissée à des Miró de la fin. Ils sont tragiques, mais dans le mauvais sens du terme. Heureusement que Didier Ottinger, le verbeux commissaire, a tout de même invités quelques artistes contemporains, ce qui amène la liste des participants à 43. 

Il y a des moments où l'on éprouve moins l'envie de revoir que de voir du nouveau. Ce n'est pas le cas avec l'habituelle Cindy Sherman. Mais il y a aussi ici Mimi Parent, Paul McCarthy ou Arnaud Labelle-Rojoux, ce qui procure tout de même de l'air frais. Cela dit, l'exposition vaut surtout par son beau décor, permettant installation sonores et projections. Saluons donc le décorateur!

Le gag Giacometti

Pour terminer avec note gaie, un gag. Il y a bien sûr ici des objets surréalistes d'Alberto Giacometti. C'est l'occasion de découvrir que la fondation française à son nom, titulaire des droits moraux, fait non seulement couler de nouveaux bronzes, mais encore de nouvelles "épreuves d'artiste". Comment peut-on faire une "épreuve d'artiste" pour un sculpteur mort en 1966?

Pratique

"Le surréalisme et l'objet", Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 3 mars 2014. Site (mauvais) www.centrepompidou.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 21h.

Prochaine chronique le vendredi 19 décembre. Les Etrusques reviennent en grâce. Le Louvre de Lens leur consacre une énorme exposition et le Musée Maillol de Paris une petite.

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