Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Antoine de Galbert fermera la Maison Rouge fin 2018. Un choc culturel

Crédits: Mathilde de Galbert

L'affaire a été traitée par les médias français comme un événement. Cela dit l'importance qu'avaient pris le lieu et le personnage. Le succès n'était pourtant pas gagné d'avance. Quand Antoine de Galbert a ouvert en 2004 La Maison Rouge, à la Bastille, il se lançait dans le dur combat de faire vivre un musée privé en France. Après quatorze ans de gestion menée sous la houlette de Paula Aisemberg, la Maison est reconnue par tous comme un moteur culturel. Aussi sa disparition annoncée, qui deviendra effective le 30 octobre 2018, provoque-t-elle un petit séisme. La Une du site de Libération. Des articles à tiroirs sur ceux du Monde et du Figaro. 

Antoine de Galbert est né en 1955 à Grenoble. C'est l'un des héritiers du groupe de supermarchés Casino. Un bon signe, quoi qu'il puisse sembler. Il faut tout de même rappeler que sans cette chaîne, il n'existerait pas de Musée d'art moderne de Saint-Etienne. Une réussite en dépit d'une architecture très grande surface commerciale. Antoine a commencé par ouvrir une galerie dans la ville natale, en 1987, tout en collectionnant frénétiquement. Il fait partie de la noble catégorie des entasseurs et des sauveteurs. Il faut dire que ce provincial s'intéressait déjà à des domaines inconnus, ou discrédités (1). La reconnaissance tardive de l'art brut, la découverte de villes inconnues comme foyers artistiques, la mise en évidence de certains arts tribaux ou la préservation d'objets du quotidien lui doivent beaucoup. La Maison Rouge organisera, par exemple, une exposition sur les couvre-chefs.

Un double courage

Antoine de Galbert crée sa fondation en 2000. Ce n'est pas facile outre Jura comme chez nous. Il lance quatre ans plus tard la Maison Rouge dans un paysage assez hostile aux initiatives privées. En dehors de la totémique Fondation Maeght, très embourgeoisée, il faut juste à signaler, comme capitale, celle d'Yvon Lambert en Avignon, née de haute lutte avec quelques bras de fer entre le galeriste et l'Etat. Rien de gouvernemental, au contraire, chez Antoine de Galbert, qui tient à sa liberté. S'il ferme aujourd'hui, c'est parce qu'il pense l'aventure arrivée à son terme. Difficile d'aller plus loin sans ronronner. «Il me fallait un certain courage pour s'engager dans l'aventure. Il en faut aussi un pour y mettre un terme.» Pérenniser la Maison aurait en plus eu un coût insupportable. «Il me faudrait 200 millions d'euros que je n'ai pas.» On sait la difficulté que connaissent les privés à maintenir un musée au fil des décennies. 

En quatorze ans, la Maison aura montré des artistes dits bruts, comme Louis Soutter et Henry Darger. Des cités, dont Winnipeg, Buenos Aires ou Johannesburg. Elle aura collaboré avec le Musée de Sèvres pour une énorme chose sur la céramique contemporaine. Montré des collections singulières. Exploré des marginalités. La Maison, qui terminera en beauté fin 2018 avec une exposition intitulée «L'envol», laissera un manque. Beaubourg est une grosse machine. La Halle Saint-Pierre se concentre un peu trop sur les singularités. Le Palais de Tokyo fait un peu intello-bobo en dépit d'indéniables réussites dans l'art actuel.

D'autres voies à l'avenir 

L'aventure d'Antoine de Galbert n'est pas terminée pour autant. A 61 ans, le Dauphinois compte bien continuer. «La Fondation, qui subsiste, interviendra de manière ponctuelle, dans des directions plus nombreuses. La Maison Rouge absorbait jusqu'ici la quasi totalité de son argent.» Une affaire à suivre, donc... 

(1) Antoine de Galbert avoue bien volontiers ne pas savoir combien d’œuvres il possède. 

Photos (Mathilde de Galbert): Antoine de Galbert devant sa bibliothèque bien rangée.

Texte intercalaire.

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