Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Panique Made In China

Il est temps de se poser 5 minutes et de réfléchir.

Vous savez, sans vouloir jouer le « vieux » qui parle du « bon vieux temps » et qui dit que « c’était mieux avant », je dois dire que depuis 1992, le jour où j’ai mis les pieds dans une salle de trading pour la première fois, j’ai eu l’occasion de vivre quelques fois des matins comme celui que nous sommes en train de vivre, ou comme celui que nous avons vécu hier.

Alors, je ne vais pas vous refaire le résumé de la veille, de toutes manières, les médias de tous bords, et surtout ceux qui s’en foutent totalement tant qu’il n’y a pas de sang sur les murs, ont déjà fait des résumés complets de la claque que l’on s’est prise hier, du Dow Jones qui ne passe plus une journée sans bouger de 1'000 points (au moins) ou encore d’Apple qui se fait des swings de 10% intraday comme la première « techno » venues.

Hier, c’était une journée de panique. Pas besoin d’avoir fait les hautes écoles pour voir que la dernière fois que la volatilité (mesure de stress des marchés financiers) a atteint de tels niveaux (53% DE VOLATILITÉ hier au paroxysme de la crise de nerfs), c’était en 2008. Et en 2008, je vous rappelle que nous étions à peu près tous persuadés que la bourse telle que nous l’avions connue était foutue et que l’avenir était au troc et à la chasse à l’arbalète.

On peut donc raisonnablement dire qu’hier, on a bien purgé. Ça ne veut pas dire que c’est terminé et que tout va remonter là où nous étions il y a un mois et que la Chine, c’est vachement cool et que c’est là qu’il faut investir. NON ! Cela veut dire que l’on est proche d’avoir fait un bon bout de chemin dans le nettoyage que l’on nous promettait depuis deux ans.

Maintenant, le pourquoi du comment, nous en avons déjà parlé hier et je crois qu’il n’est pas nécessaire de s’étendre dessus. On va dire que c’est une conjonction de facteurs entre la Grèce (qui nous obsède depuis 5 mois), les taux américains (qui nous obsèdent depuis 12 mois) et la Chine qui pouvait éventuellement nous péter dans les mains, et qui l’a fait.

À partir de là, et depuis une semaine au moins, nous sommes en mode « Titanic » et la seule option semble être le canot de sauvetage. Hier, nous avons définitivement sauté à l’eau et oui, elle est froide.

Maintenant, ce qui est assez drôle, c’est que l’on est tous en train de se regarder en se disant : « Alors ? c’est fini ou bien ? » 

C’est là que je reprends ma casquette de « vieux qui est assis sur un banc » et qui dit « moi, de mon temps ». Je vais donc vous rappeler que ce genre d’événement nous est déjà arrivé. Oui, ça ne fait pas plaisir, oui, ça fait mal au porte-monnaie et oui, c’est frustrant de se dire que l’argent durement gagné en bourse que l’on prévoyait d’utiliser pour acheter la dernière Aston Martin, eh bien il nous suffirait à peine pour acheter la dernière Clio, et diesel, la Clio. Ce n’est donc pas une période facile, je le conçois.

Cependant, je me rappelle d’un mois de février 2009 durant lequel Monsieur Roubini, star parmi les stars, nous avait annoncé un S&P500 à 300 points alors que nous étions à 666 – le chiffre du diable – depuis, nous n’avons plus jamais rebaissé, ou presque. Après le krach de l’an 2000, environ 110% des investisseurs vous disaient que l’on ne les reprendrait plus à investir dans les actions. Et encore moins dans les actions liées à internet ou la biotechnologie… hhhhmmm… Facebook, Twitter, LinkedIn ? Et la performance de la Bitotech depuis 18 mois ? HHHMMMM ????

Les mêmes scénarios, encore et encore 

Et puis, plus près de nous, car oui, je sais, se rappeler de ce qui s’est passé en l’an 2000, c’est un effort surhumain, prenez le mois d’octobre de l’an passé. Panique sur l’Europe, le DAX perd 5% par jour, on passe sous les 10'000, l’Apocalypse est proche, les émissions de télé font leurs choux gras de la bourse qui baisse, et trois semaines après, c’est oublié.

On se refait les mêmes scénarios encore et encore. Les télévisions aiment inviter des stratèges qui « vont avec la vague ». Il n’y a aucun intérêt à inviter un « Perma-Bear » à la télé quand le marché fait des news highs. Au pire il va nous gâcher la fêter et donner un sale goût au champagne. En revanche, quand vous avez des marchés qui se cassent la gueule comme hier, c’est toujours plus facile d’amener un type qui est dépressif, et qui pense que la fin du monde est proche depuis 20 ans, pour lui faire dire que tout est foutu et que l’on ne s’en sortira jamais.

Pour mémoire, hier, alors que tous les marchés partaient à vau-l’eau, j’étais soudainement invité à la télévision pour « expliquer » ce qui se passait et je remets ça ce soir…

Tout ça pour vous dire que la phase de crise que nous vivons n’est évidemment pas simple à gérer, ni même à vivre. Mais nous avons tendance à oublier que l’on a déjà eu ce genre de phases et qu’en général, on s’en sort plutôt bien, pour autant que l’on achète des actions qui ont un avenir, des revenus, des dividendes et une croissance dans les années à venir – pas comme les dot-coms à deux balles des années 2000 qui pourrissent encore sur mon dossier titre.

En conclusion, je ne vous dis pas qu’il faut acheter  à tout prix ce matin, au risque de rater le nouveau Bull Market qui s’offre à nous, mais d’essayer de prendre un peu de recul avant de crier à la fin du monde.

Et puis, il y a une autre réflexion que je me fais. Admettons qu’hier les investisseurs aient vendu toutes les positions qu’ils avaient – le peu qu’ils avaient, car quand on entend les niveaux de cash des banques ces derniers mois, on peut se demander QUI a vendu hier soir. Mais admettons. Aujourd’hui, vous avez tout vendu et vous êtes cash en francs suisses. Le marché peut baisser sans vous et vous êtes relax avec votre pile de cash sur votre compte en banque. Jusqu’à ce que votre banquier vous appelle pour vous dire que vous lui « devez » 0.75% d’intérêt, parce que quand même, il vous loue une place dans son système informatique pour ne rien faire avec votre argent.

Vous vous dites alors qu’il faudrait peut-être en faire quelque chose. Oui, mais quoi ?

Que faire de son cash? 

On est d’accord, les actions sont trop chères et trop dangereuses, c’est pour ça que vous avez tout vendu hier. Les obligations vous rapportent que dalle pour prêter du fric à des gouvernements qui sont « peu dignes de confiance ». L’or ne fout rien pour vous assurer une sécurité toute relative. Les matières premières feraient peur à un groupe de Navy Seals surentraînés, l’immobilier c’est long et compliqué, les Hedge Funds, c’est pareil… vous faites quoi ?

Je suis certain que si l’on vous laisse patienter suffisamment longtemps à vous facturer pour avoir un compte en banque, soit vous allez louer un coffre, soit vous allez racheter des actions un jour ou l’autre. Surtout quand votre voisin vous racontera que lui, il a acheté NetFlix quand la société avait perdu 30% durant l’été 2015, et qu’aujourd’hui, il a changé de voiture….

C’est le cercle vicieux de l’investissement, on revient toujours à la case départ et on se refait toujours les mêmes scénarios, sauf que l’on refuse de se souvenir ce que l’on avait déjà vécu il y a 6 ans. Mémoire sélective ou Alzheimer volontaire, c’est selon.

Bref, en conclusion, tout cela est du déjà-vu et l’on peut baisser encore, comme la Chine ce matin qui se PRENAIT encore 6% dans les dents à l’ouverture (mais qui remonte maintenant) – mais à un moment ou un autre, tout cela va se stabiliser et on l’on va pouvoir reconstruire. J’ai surtout une conviction profonde qui hurle en moi et qui ne cesse de me répéter que les « Krachs Annoncés », ça n’EXISTE PAS !!! 

Prendre du recul 

Et puis quand je regarde des actions, censées être les stars de l’année et des années à venir, se faire laminer en trois jours, j’ai de la peine à croire que ce soit là pour durer… Quelques exemples :

NetFlix.. Fabuleux chiffres, brillant avenir, premier de classe en télévision à la demande. Le titre était à 125$ il y a une semaine. Hier soir ça se vendait à 88$... Vous avez dit débile ?

Apple qu’on ne présente plus : 130$ au mois de juillet, des chiffres et des ventes phénoménales, un carton en Chine (encore confirmé par Tim Cook hier), le titre était à 95$ hier soir avant de terminer la séance 8 dollars plus haut. Stupide ??? Mais noooonnn….

Amazon – applaudi par la critique lors de la publication de son second trimestre 2015. Le titre valait 578$ après les chiffres du mois de juillet. Hier matin, l’action valait 450$.. Tout cela paraît fondamentalement logique.

Et des exemples comme ça, j’en ai encore des dizaines.

Nous sommes donc dans un phase complètement stupide comme nous en avons connu plusieurs depuis 30 ans, et nous sommes incapables de prendre du recul.

Alors ce matin, je prends du recul et je m’abstiendrai de commenter les nouvelles de la presse qui ne font que rajouter de l’huile sur le feu, alors que personne n’est capable de penser de manière calme et posée. Je vais donc continuer à écrire ce commentaire, mais tant que le vent et les bourrasques de pluie n’ont pas cessé, il est ridicule de prendre une décision ou même une position alors que le marché n’a plus aucun sens…

Pour terminer, on va dire que c’est tout de la faute de la Chine, que le pétrole va à 20$, il est 38.86$ ce matin, mais hier c’était pire. L’or est une valeur refuge qui ne monte pas (1154$ ce matin) et aujourd’hui nous aurons le GDP Allemand, le PPI espagnol, le chômage en Suisse, l’IFO en Allemagne, Redbook aux USA, Prix de l’immobilier, new homes sales et le Richmond Manufacturing Index.

Pour le moment, le Japon est en hausse de 0.86%, Hong Kong avance de 1.6% et la Chine ne baisse « plus que » de 4.3%. Les futures sont indiqués en hausse de 2.3% aux USA et de 3% en Europe. On dirait que l’on nous tente encore un truc…  Marché de dingues.

L’Euro/$ est à 1.1542, le yen vaut 119.86, le rendement du 10 ans US est à 2.04%, le Bitcoin s’échange à 200$ - tiens, lui aussi il est fait « made in China » - et l’Euro/Suisse est imperturbablement managé de main de maître de la part de la BNS… à 1.0793.

Voilà... tout est dit... Je vous retrouve demain à la même heure et au même endroit pour (PEUT-ÊTRE) se taper la tête contre les murs et se demander pourquoi on n’a pas acheté au plus bas !!! Ou pas...

Que votre journée soit belle... Votre café chaud et... Enfin bref, que tout aille bien pour vous.

Que la force soit avec vous.

Thomas Veillet

Investir.ch                           

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