Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PADOUE/Le Palazzo Zabarella montre 85 Miró venus du Portugal

Crédits: Succession Joan Miró/Palazzo Zabarella, Padoue 2018

C'est à Padoue un bon endroit pour des expositions. Bâti au XIXe siècle en conservant des parties médiévales elles-mêmes construites sur des ruines romaines (nous sommes en Italie!), le Palazzo Zabarella part cependant dans toutes les directions. Côté programmation, il y a aussi bien eu ici le néo-classique Raphael Mengs que le symbolisme italien ou Picasso comme partout. Avec des pointes d'audace. Le lieu avait ainsi proposé en 2014 une passionnante rétrospective Vittorio Corcos (1859-1933) dont je vous avais parlé. Il accueille aujourd'hui Joan Miró.

Un seul prêteur, cette fois. L'accrochage est arrivé à Padoue en paquet ficelé. Entre 2003 et 2006, le Banco Português de Negócios, avait acquis d'un Japonais 85 pièces de l'artiste catalan. Il y avait aussi bien là des dessins que des tapisseries. L'année 2008 a été fatale à l'institution portugaise. Non seulement sa dette était monstrueuse, mais la caisse fourmillait d'irrégularités. L'Etat ne pouvait que la nationaliser, y laissant des milliards. Il l'a depuis revendue en 2011 à l'Angola's Bank pour... 40 millions d'euros. C'est dire si la patate était chaude.

Vente annulée 

Dans les actifs du Banco figuraient donc les tableaux. L'Etat voulait les vendre, pensant en tirer 50 millions d'euros chez Christie's. Il y a eu des protestations. On ne se sépare pas d'un tel patrimoine. La vacation a été repoussée, puis annulée par la multinationale à quelques heures du moment prévu. Christie's ne sentait pas très à l'aise au milieu de ces controverses politico-financières. Une version expurgée de ce que je viens de vous dire se trouve sur les murs du Palazzo Zabarella. Le Portugal a donc conservé ses Miró, aujourd'hui déposés au musée d'art contemporain Serralves de Porto. 

Les oeuvres sont aujourd'hui tous à Padoue. Louées? Je l'ignore. Toujours est-il le le palais les montre, mais dans un ordre peu chronologique. Le parcours commence en 1974, alors que Miró a 81 ans. C'est le moment où le Catalan propose sa rétrospective au Grand Palais parisien. Il avait exigé d'y présenter 50 pour-cent d’œuvres récentes. Il semble pourtant permis de penser que sa carrière finissait alors déjà mal. Ses sculptures faites d'objets trouvés coulés en bronze ne possèdent pas l'éclat de celles de son concitoyen Picasso. Quant à ses peintures, elles font penser à des T-Shirts pour offices de tourisme espagnol.

Il y a cependant de belles pièces des années 30 dans cet ensemble, dont six austères peintures sur masonite de 1936 et un magnifique tableau surréaliste sur les «Chants d'oiseaux». La «Fornarina», très lointainement inspirée de Raphaël constitue une toile importante des années 20. L'exposition propose par ailleurs des productions plus récentes de qualité. Comme on le dit dans ces cas-là, il y a du bon et du moins bon.

Pratique 

«Joan Miró, Materialita e Metamorfosi», Palazzo Zabarella, 14, via degli Zabarella, Padoue, jusqu'au 22 juillet 2018. Tél. 0039 049 875 31 00, site www.palazzozabarella.it Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 19h.

Photo (Succession Joan Miró/Palazzo Zabarella, Padoue 2018): Trois des toiles présentées à Padoue. Celles-ci se situent en fin de carrière.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur l'exposition Gaetano Pesce de Padoue.

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