Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Pacte transatlantique, deux boiteux s’allient

Ce n’était rien de plus qu’une rumeur, ces dernières années. On savait que des discussions confidentielles entre l’Union européenne et les Etats-Unis visaient à instaurer un marché commun transatlantique d’ici à 2015.

Tout au plus pouvait-on trouver une recommandation, datant de 2007, du Parlement européen, prônant le lancement de négociations en vue d’un tel marché commun, sous la poussée d’un think tank de l’administration Bush, le Transatlantic Economic Council, essentiellement un lobby de multinationales américaines et européennes.

J’en avais, pour ma part, maintes fois écarté la possibilité, tant ce projet pouvait sembler anachronique. Au demeurant, l’administration Clinton avait tenté d’instaurer un tel marché commun en 1995, sans succès.

Puis soudain, en 2013, c’est officiel. Barack Obama, dans son discours sur l’Etat de l’Union début février, annonce le projet de «Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement», dont les négociations s’ouvrent en juin.

L’ambition de Washington: en faire l’accord de libre-échange le plus étendu qui existe, à savoir qu’il irait bien plus loin que la simple réduction des barrières douanières, qui sont déjà basses, pour instaurer des standards et normes réglementaires communs, qui finiraient par s’imposer au reste du monde.

Clairement, les Etats-Unis et l’Europe ont dépoussiéré ce projet pour apporter à leurs électeurs de nouvelles promesses de croissance et de création d’emplois, à l’heure où leurs économies sont à l’arrêt.

L’accord va se focaliser sur l’alignement réglementaire dans les domaines de l’industrie, de la finance et des télécommunications, de l’énergie, de la propriété intellectuelle, dans l’espoir de fluidifier les flux commerciaux, de gagner entre 0,5 et 2% de points de PIB supplémentaires, et de créer 2 millions d’emplois.

En outre, la visée politique d’un Ouest uni pour contrer une fois pour toutes la montée de la Chine est plus qu’évidente, s’agissant de «réaffirmer l’ordre libéral international», comme l’écrit le magazine Foreign Affairs.

En réalité, créer un tel bloc est porteur d’un protectionnisme,de type réglementaire, contre la Chine, leprincipe étant qu’en matière commerciale conclure unaccord avec un partenaire se fait aux dépens de bénéfices potentiels avec des partenaires tiers.

La Suisse fait bien de miser sur la Chine

Rien n’est encore fait. D’une part, les éternelles pommes de discorde demeurent entre Washington et Bruxelles, en particulier sur des dossiers comme l’agriculture (importations d’OGM américains, poulet lavé à la chlorine, bœuf traité aux hormones), qui ont pourtant suscité, par le passé, des résistances européennes insurmontables.

Même si l’on admet que cette fois-ci l’important lobbying mené en amont par les Etats-Unis depuis quatre ans aura raison des groupes d’intérêt européens qui ont fait capoter les accords par le passé, tels que les lobbies agricoles, les anti-OGM, les Verts, les Pirates, ou les antiglobalisation de droite comme de gauche, il restera encore le problème de fond: ce nouveau marché commun, s’il voit le jour, sera une alliance entre deux boiteux, qui en s’épaulant n’en marcheront pas davantage sans boiter.

Austérité, dettes et croissance anémique, voire négative, ne feront pas de leurs 750 millions de consommateurs réunis un marché réceptif pour l’augmentation des flux de commerce projetée. Le pouvoir d’achat de ces consommateurs se trouve fortement réduit par les effets de l’austérité, tandis que les consommateurs à fort pouvoir d’achat se trouvent ailleurs, parmi les nouvelles classes moyennes de 2,5 milliards de consommateurs d’Asie émergente, et les économies les plus dynamiques d’Amérique latine, voire d’Afrique. A l’heure actuelle, les pays émergents sont devenus les marchés clés, représentant ensemble 30% de la consommation finale au plan global.

Raison de plus de féliciter la Suisse, en passe d’être le premier pays du continent à conclure un accord de libre-échange avec la Chine.

 

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