Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Oui, la Suisse est déjà dans l’Europe

L’histoire européenne de la Suisse s’est peut-être jouée au tournant du XIXe siècle. Dans l’épopée que Goethe envisageait de raconter autour du personnage de Guillaume Tell, l’auteur allemand le représentait sous les traits d’un muletier transportant des marchandises à travers les Alpes. Mais il renonça à l’écrire et céda l’idée à son ami Schiller qui fit de l’Uranais un chasseur défendant la liberté et l’indépendance de son peuple. On connaît la suite, comme le rappelle l’écrivain alémanique Peter von Matt dans son ouvrage  La Poste du Gothard ou les états d’âme d’une nation: «Ce drame a défini et consolidé l’idéologie de la Suisse jusqu’à notre époque.»

Le tribun de l’UDC Christoph Blocher a compris tout l’intérêt qu’il pouvait tirer de la pièce de théâtre de Schiller pour tenter de casser tout rapprochement avec l’Union européenne (UE). Il n’a de cesse de le citer pour s’en prendre aux juges étrangers qui menacent notre économie florissante. Or, dans les faits, la Suisse n’a jamais été aussi compétitive que depuis qu’elle bénéficie des accords bilatéraux avec l’UE. Pour preuve, sa croissance supérieure à celle de ses voisins et sa place au sommet de nombreux classements internationaux. 

Afin que la Suisse puisse commercer avec ses partenaires économiques et favoriser ainsi les intérêts de ses entreprises, et donc de sa population par le biais de la création d’emplois, les autorités politiques «nationalisent» les lois conçues à l’étranger. Autrement dit, la Suisse est déjà dans l’UE: elle ne peut pas rejeter des dispositions qui ne lui plaisent pas au risque de mettre en péril sa prospérité. Que penser d’un pays qui renonce à participer à l’élaboration de normes qu’il s’impose à lui-même? Peut-on encore parler d’une Suisse libre et souveraine? 

La conduite de la politique monétaire montre également que l’indépendance de la Banque nationale suisse est limitée par l’action des autres banques centrales et par les conséquences des événements internationaux sur la valorisation du franc. Pour tenter de limiter son appréciation au cours de ces dernières années, la BNS a dû acheter des euros et des dollars pour plus de 500 milliards de francs. Soit pour un montant qui représente presque l’équivalent du produit intérieur brut du pays. La fin de l’arrimage de notre devise à l’euro et l’introduction de taux d’intérêt négatif ont aussi un coût: des suppressions d’emplois et des retombées négatives sur les épargnants et les affiliés aux caisses de pension. 

Un des obstacles majeurs à une adhésion de la Suisse à l’UE vient de sauter: le secret bancaire a disparu avec l’accord sur l’échange automatique d’informations fiscales. On ne peut plus le faire valoir pour défendre la prospérité de la place financière. Pour accroître sa compétitivité, ses acteurs réclament désormais un accès au marché européen des services financiers. Les diplomates helvétiques sont priés d’agir. 

Une adhésion logique

Regardons maintenant de l’autre côté de la frontière. Le Bade-Wurtemberg et la Bavière, dont les physionomies présentent de nombreuses similitudes avec celles de la Suisse, figurent parmi les Länder les plus riches d’Allemagne. Or leur appartenance à l’UE et à la zone euro consolide leurs atouts plutôt qu’elle ne les affaiblit. Leurs concurrents helvétiques, plus particulièrement dans l’industrie des machines, en subissent souvent les conséquences en perdant des marchés. 

Grâce au maillage des principaux accords bilatéraux (au nombre de vingt) et des accords sectoriels (une centaine), la Suisse n’a jamais été aussi proche de l’UE qu’aujourd’hui. En raison de son histoire et de son expérience politique, elle peut jouer un rôle déterminant aux côtés d’autres pays dans les réformes qui doivent la conduire sur le chemin d’une Europe fédérale. C’est un truisme de dire que le destin de la Suisse  se confond avec celui de ses voisins. Lorsque l’UE aura tourné la page de la crise qui la secoue, il serait opportun que la Suisse réfléchisse à y adhérer.

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