Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Orange – Bouygues Telecom: des discussions qui interrogent

Il y a un mois, presque jour pour jour, Bloomberg annonçait qu’Orange et Bouygues étaient en pourparlers pour le rachat de la division télécom du géant du BTP. Mardi 5 janvier, ce secret de polichinelle est désormais devenu officiel.

Il se tient actuellement des négociations en vue d’un rapprochement des deux opérateurs mobiles. Cela intervient quelques mois après l’offre de rachat de SFR de 10 milliards d’euros refusée par Bouygues.

Mais cette fois-ci, le cas est légèrement différent, car il se dit que Bouygues recevrait 15% du capital d’Orange, ce qui en ferait le 2ème actionnaire du groupe. Ainsi, techniquement, l’entreprise pourrait rester dans le monde des télécommunications, en témoigne son communiqué: «Intéressé par tout schéma qui lui permettrait de conforter son ancrage durable dans les télécoms, Bouygues annonce que des discussions préliminaires ont été engagées avec Orange pour explorer toute éventuelle opportunité. A cet effet, un accord de confidentialité a été signé ce jour par Bouygues et Orange.»

Mais, au-delà de la possibilité de voir le groupe perdurer, ces discussions posent davantage de questions qu’elles ne donnent de réponses. En effet, comme nous l’avions écrit à l’époque, Altice était prête à payer 10 milliards d’euros pour acheter Bouygues. Selon la manière dont nous l'estimions, la valeur de Bouygues Telecom semblait être dans le prix, mais elle aurait pu être augmentée sans que cela ne soit trop choquant. Toutefois, Bouygues avait refusé l’offre. Aujourd’hui, Orange semble revenir avec le même prix. Alors même si la société offre en échange ses propres actions, est-ce suffisant ? À première vue, nous pensons que non.

Au niveau français et européen, il est certain que la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, et la Commission de concurrence française vont étudier en détail ce rachat, car, en l’état, le nouveau groupe aurait près de 35 millions de clients et près de 50% des parts de marché. Margrethe Vestager a, de plus, déjà expliqué qu’elle préférait une consolidation supranationale à nationale. Bien évidemment, une proposition de démantèlement de Bouygues devra être faite lors de la proposition de rachat, et SFR et Free devront récupérer des parts afin d’équilibrer la concurrence. Mais cela semble tout de même complexe.

Mais les incohérences les plus douloureuses se situent au niveau du gouvernement. En effet, comment un gouvernement qui, il y a six mois encore, refusait fermement un rapprochement entre SFR et Bouygues (le qualifiant même de « rapprochement opportuniste ») accepterait un rachat de ce dernier par Orange, dont l’Etat est actionnaire majoritaire ? Comment l’Etat peut accepter de voir sa participation dans Orange diluée et quasiment au même niveau que Bouygues ? Comment le gouvernement, qui ne cesse de marteler qu’il veut lutter contre le chômage, peut autoriser un tel rapprochement, qui créerait, à coup sûr, des licenciements ?

Ceci demeure extrêmement incohérent. Ces questions doivent impérativement être éclaircies pour que les régulateurs et l’opinion publique puissent accepter cette fusion.

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