<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Operation Soleil Levant

Le Japon peut-il s’en sortir? A la vision des images d’horreur et de désolation qui ne quittent pas nos écrans depuis la semaine dernière, le doute est permis.

La catastrophe naturelle suivie d’un risque d’accident nucléaire majeur fait craindre le pire. Surtout que le pays ne se présentait pas en meilleure forme avant ces événements tragiques. Son taux d’endettement dépassait les 200% de son PIB en 2010, les deux dernières décennies ont été perdues économiquement et le quatrième trimestre de l’année dernière montrait que le Japon s’en sortait plutôt moins bien que d’autres pour raccrocher au train de la reprise mondiale.

Le Japon n’est pas fini pour autant. Il y a quelques années, rapporte le Financial Times, un responsable du Ministère des finances avait expliqué à un visiteur étranger qu’il «faudrait un bon tremblement de terre» à son pays. Vœu malheureusement exaucé, pourrait-on dire, mais le sens profond de cette assertion n’était peut-être pas aussi éloigné de la réalité de l’archipel. Souvenons-nous que la nation qui s’était relevée d’une lourde défaite à la fin de la Seconde Guerre mondiale avait ensuite bâti une réussite sans précédent. D’ailleurs, les mêmes parents qui veulent aujourd’hui en Suisse encourager leurs enfants à apprendre le chinois souhaitaient, il y a vingt-cinq ans, mettre ces derniers au japonais, tant cette culture correspondait alors à un modèle de réussite.

Tout est allé de travers ensuite. La perte de sens inoculée par l’opulence matérielle ajoutée à une incapacité culturelle à s’ouvrir au monde, et à l’immigration notamment, ont verrouillé le pays. Reste un peuple incroyablement volontaire et patriote. Quand le tremblement de terre de Kobe a eu lieu en 1995, les experts estimaient qu’il faudrait dix ans pour reconstruire la ville. En réalité, quinze mois plus tard, 98% des activités économiques avaient repris leur rythme d’avant-séisme, dix-huit mois après tous les commerces avaient rouverts, vingt et un mois postcatastrophe, c’était l’autoroute principale qui fonctionnait ainsi que le port dans les cinq mois qui suivirent.

Le Japon reste riche: troisième économie du monde, ce n’est pas le pire des profils pour envisager une phase de reconstruction massive. Si la facture devait coûter dix fois celle de Kobe, cela ne représenterait qu’une aggravation de 7% de l’endettement de l’Etat. Et dans cette «Opération Soleil Levant», le Japon pourrait même retrouver cette aspiration collective perdue au début des années 1990.

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