Moeckli Alexis

ORGANISATEUR DES STARTUP WEEKEND SUISSE ROMANDE

Alexis Moeckli est à l’origine de la venue de Startup Weekend en Suisse, format d’événement participatif favorisant l'esprit d'entreprendre. Il organise encore aujourd’hui les événements en Suisse romande. Il est aussi co-fondateur de BusinessIn, plateforme qui met en lien PME et start-ups afin de favoriser l'innovation. Il accompagne et conseille les entreprises désirant améliorer leur processus d’innovation notamment en s’inspirant de formats et outils issus du monde des start-ups tels que les hackathons. Il est également co-fondateur du programme d'entrepreneuriat pour jeunes We Start.

Open innovation dans une PME grâce au programme Innokick

Contrairement aux idées reçues, l’open innovation n’est pas réservée aux grands groupes. Découvrez un exemple de collaboration réussie entre une PME neuchâteloise et les étudiants du master Innokick. Les résultats obtenus ont largemment dépassé les attentes et espérances de l’entreprise : une innovation de rupture est sur le point de voir le jour et l’un des étudiants a été engagé par le groupe.

Innokick est un master d’innovation intégrée de la HES-SO lancé en 2015 par Nathalie Nyffeler. Cette formation unique en Suisse réunit des étudiants issus des filières économiques, ingénierie et design. Il permet aux étudiants d’acquérir les compétences interdisciplinaires nécessaires pour développer des produits et des services innovants afin de les commercialiser avec succès. La formation recourt à un processus pédagogique inédit, axé sur un apprentissage par projets, combinant de manière étroite l’enseignement académique et la formation pratique. En effet, les étudiants travaillent en équipe sur des mandats proposés par des entreprises de la région : PMEs, multinationales et start-ups.

L’entreprise Felco Motion, peite sœur du groupe Felco spécialisée dans l’outillage, est une PME neuchâteloise co-fondée et dirigée par Stephane Poggi. Elle fait partie des premières entreprises à avoir confié un mandat d’exploration à Innokick. Stéphane Poggi qui n’avait jamais fait d’open innovation auparavant a tout de suite été emballé par la démarche. Il explique : « l’innovation ne se fait pas en restant avec le même groupe de personnes ; il faut un mélange, des sensibilités et des approches différentes. Ce que Innokick a apporté avec son approche pluridisciplinaire ».

Il nous explique comment cette expérience a radicalement changé sa façon d’aborder l’innovation et donne quelques conseils aux PMEs qui souhaiteraient collaborer avec Innokick. Pour en savoir plus, vous pouvez retrouver Stéphane Poggi et Nathalie Nyffeler lors de l’événement BusinessIn du 10 avril 2018 consacré aux objets connectés.

Quelle problématique avez-vous soumis à Innokick ?
Nous avons proposé une thématique très globale : « comment sera faite la taille professionnelle dans 10 ans ? ». Je pensais connaître la solution car cela faisait déjà plusieurs années qu’on réfléchissait à cette question. J’étais persuadé qu’il fallait inventer un robot de taille.

Cela n'a pas été la solution proposée par les étudiants ?
Ils m’ont démontré preuve et analyse à l’appui que ce n’était pas du tout le besoin client. Lors du processus de design thinking, ils ont effectué des entretiens avec des utilisateurs cibles. Ils se sont rendus compte que dans la viticulture aujourd’hui l’homme est encore au centre des préoccupations. Contrairement à l’industrie, dans la viticulture on ne remplace pas si facilement l’homme par un robot, en tout cas pour l’instant.

Comment avez-vous réagi ?
Cela m’a passablement chamboulé mais si on fait de l’innovation ouverte il faut être prêt à se remettre en question. Les étudiants nous ont proposés un concept de service d’aide à la prise de décision dans la viticulture. Le projet final est très différent de ce que j’avais en tête initialement. C’est la toute première fois dans l’entreprise où on est en train de réfléchir non pas à concevoir un nouveau produit mais un nouveau service. Jusqu’à aujourd’hui on vendait du hardware et on va commencer à vendre du software. Pour nous, il s'agit d'une innovation de rupture et pour la maison-mère cela a été une révolution.

Comment s’est déroulée la collaboration avec les étudiants ?
Nous avons eu la chance de collaborer avec une équipe fantastique. Les 6 jeunes étaient super motivés par la thématique et avaient beaucoup d’idées. Ils n’ont pas notre expérience mais ils nous ont apportés une ouverture d’esprit. Nous étions présents tout le long du processus pour valider certains jalons, répondre à leurs questions ou rediriger. Mais au final on leur a laissé une grande liberté d’action. Ils nous ont proposés un concept assez bluffant donc on leur a fait confiance et on est allé de l’avant.

Quelles ont été les difficultés ?
(Longue hésitation) Il n'y en a pas eues. Mais j’admets que nous avons eu beaucoup de chance que les étudiants trouvent notre thématique intéressante et qu’ils s’engagent à ce point dans le projet. Le fait de réunir pendant une année académique des étudiants venant d'horizons tels que le design, l’ingénierie et l'économie pour les faire travailler ensemble à un projet commun est très puissant et ne peut que donner de bons résultats.

N’y-a-t-il pas un risque quand même au niveau de la propriété intellectuelle ?
C’est une question de philosophie et de stratégie entrepreneuriale. A mon sens si vous voulez faire du nouveau, vous êtes quand même obligé à un moment donné de vous dévoiler un peu pour que les gens qui vont réfléchir avec vous sachent d’où vous venez, ce que vous faites et où vous voulez aller. Mais pas de crainte à avoir concernant la propriété intellectuelle puisque l’entreprise mandante reste propriétaire de l’innovation.

Quels conseils donneriez-vous à une PME qui souhaiterait collaborer avec Innokick ?
Pour moi cette collaboration a été une révélation et c’est tellement enrichissant qu’on va réitérer l’expérience avec un nouveau projet. Je conseillerais à l'entreprise de proposer une problématique assez large, de ne pas brider les étudiants (du moins dans un premier temps) et de leur faire confiance. Il faut leur laisser de la liberté.
Mais pour réussir ce type de projet là, l'entreprise doit vraiment avoir un esprit entrepreneurial et le faire comme si elle était en train de monter une start-up. C’est un état d’esprit qu’il faut s’autoriser et savoir prendre quelques risques.

Quels ont été les bénéfices de la collaboration avec Innokick ?
C’est la première fois dans l’histoire de notre société que l’on démarre un projet stratégique dans un domaine que l’on a pas encore exploré et qui est issu de l’open innovation. Cela nous a également permis d’engager un étudiant issu de ce master et de lui donner l’opportunité de suivre le projet jusqu’à sa réalisation. Finalement, cela a été le déclencheur d’une réflexion plus globale sur comment on gère l’innovation dans le groupe. Nous sommes en train de réfléchir à ce qu’on pourrait mettre en place pour générer ce type d’innovation de manière plus régulière au sein de notre société.

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Open Geneva : un festival de l'innovation du 9 au 15 avril à Genève
La semaine prochaine a lieu Open Geneva, une semaine entière dédiée à la thématique de l’open innovation, avec un programme riche en conférences, ateliers et hackathons. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à consulter le programme détaillé de la manifestation.

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