Grivatolivier

JOURNALISTE

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

Votations du 21 mai: et le gaz naturel?

Pour remplacer les 33% d’énergie nucléaire suisse produite 24 heures sur 24, est-ce que les moulins à vent et les panneaux solaires utilisables à temps partiels feront l’affaire? Beaucoup en doutent et crient à la catastrophe programmée sous l’égide de la Confédération. En janvier dernier, quand la centrale de Leibstadt était en arrêt technique, la Suisse n’est pas passée très loin d’une panne générale, alors que les lacs des barrages se vidaient à la vitesse grand V.  On a eu très chaud en période de très grand froid!

Comment tirer la prise du nucléaire, sans créer la pénurie énergétique?

Avant la campagne pour les votations du 21 mai, Berne avait planifié dans ses objectifs stratégiques cinq centrales à gaz pour remplacer le nucléaire: Chavalon (VS), Cornaux (NE), Vernier (GE) et Utzenstorf (BE) figuraient noir sur blanc au programme préétabli par les gaziers suisses. Tout a changé. Doris Leuthard évite désormais d'évoquer les centrales à gaz pour compenser l'abandon du nucléaire. Pas une ligne sur ce thème dans la campagne. Pourtant dans son message au Parlement, le Conseil fédéral avait clairement déclaré qu'il faudrait des centrales à gaz pour compenser l'arrêt du nucléaire.

La brochure explicative distribuée à la population pour le 21 mai n'évoque plus cette possibilité. Un jour avant le lancement de la campagne, l’Argovienne a même fait supprimer toutes les mentions de centrales à gaz supplémentaires du dossier publié sur le site de son département. Le DETEC se contente d'expliquer que les besoins en électricité pourront être couverts par les centrales actuelles ainsi que les importations d’énergies étrangères.

Qui a raison? Un rapport de l'Office fédéral de l'environnement, paru il y a deux ans, écrit qu'il faudrait - d'ici à 2035 - jusqu’à huit centrales à gaz supplémentaires pour satisfaire les besoins en électricité du pays. Un expert de l'Institut Paul-Scherrer estime de son côté que la Suisse aura besoin d'ici 2050 d'autant d'électricité produite par les centrales à gaz que celle produite aujourd'hui à partir du nucléaire. Des quantités d’énergie qu’il paraît impensable de remplacer uniquement par l’hydraulique, le solaire et les éoliennes, sans parler de la biomasse.

Les écolos qui prônent le renouvelable sont les premiers à s’opposer à la surélévation des barrages ou l’atteinte au paysage et à la faune par les grandes hélices ou les aveuglants panneaux solaires. Pour Doris Leuthard, ce retournement de veste ne serait-il que pure manœuvre. En fine tacticienne, on peut imaginer que la conseillère fédérale se garde bien de jeter du gaz sur le feu des Verts.

Pourtant les sceptiques de cette politique périlleuse ne se concentrent pas qu’en Suisse. L’Agence Internationale de l’Energie à Paris recommande à Berne de baser sa stratégie sur le développement d’un mixte comprenant les centrales à gaz, les énergies renouvelables, l’augmentation de l’efficacité énergétique, les importations supplémentaires et la réduction de la consommation de pétrole dans les domaines du chauffage et de la mobilité.

Reste le remède ultime préconisé par les partisans du oui: les restrictions volontaires ou forcées. Mais 43% de réductions ne s’improvisent pas à coups de subventions, de décrets bureaucratiques, de méthode Coué et de système D. L’arrosage généralisé par la manne fédérale a peut-être convaincu un hétéroclite mélange de milieux immobiliers, de lobbyistes du vent et du soleil, de partisans de la décroissance et de propriétaires de barrages, une fois encore c’est la classe moyenne qui prendra la douche froide. Au propre comme au figuré.

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