Grivatolivier

JOURNALISTE

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

La villa? Juste dans tes rêves!

Les règles de la Finma sont ainsi faites. Tant pis pour la classe moyenne et pour les jeunes ménages qui resteront locataires

La crise du coronavirus l’a confirmé: à l’avenir, il faudra davantage de logements qui pourront être utilisés comme espace de vie et comme bureau, avec si possible un jardin ou des espaces extérieurs comme les terrasses. Malheureusement, ce genre d’habitat a un prix et il est généralement réservé aux propriétaires.

Or, depuis le 1er janvier, de nouvelles normes – imposées par l’impitoyable shérif des banques qu’est la Finma – freinent toujours davantage l’accès à la propriété privée. Rendre toujours plus dur l’accès aux hypothèques, tel est le but de l’opération qui pourrait s’intituler: «Reste locataire, tais-toi et paie le prix fort!»

Avec les nouvelles normes 2020, la part minimale de fonds propres apportée par l’acquéreur doit être de 20%, contre 10% auparavant. Pour une villa à 1 million, ce qui reste difficile à dénicher, ce sera 200 000 francs à prélever sur ses économies. Sans soutien parental, les jeunes couples n’y ont pas accès. Ensuite, la banque va calculer un taux d’intérêt théorique de 5%, cinq fois plus que le taux d’emprunt usuel qui avoisine le 1% sur dix ans. Là encore, il s’agit de s’assurer une garantie de paiement des hypothèques suffisante pour la banque, qui s’approprie la part du lion. On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu.

Chez nos voisins français, l’amortissement de la dette se fait généralement sur vingt ou trente ans. La Suisse, elle, est beaucoup moins exigeante. Il n’y a pas si longtemps, l’amortissement était même à zéro, ce qui a poussé fortement les emprunts et les prix à la hausse. En fin de compte, le sol suisse appartient aux banques, résume un spécialiste.

«Plutôt que d’exiger des normes irréalistes en matière de fonds propres et des taux artificiels fixés à 5%, on ferait mieux d’exiger un amortissement annuel d’au moins 2%, confie un banquier. Cela freinerait la hausse des coûts des villas et appartements en PPE et cela réduirait l’endettement.»

Aveugles et sourdes

Les règles de la Finma sont ainsi faites. Le marché de l’immobilier va souffrir encore longtemps. Tant pis pour la classe moyenne et tant pis pour les jeunes ménages qui resteront locataires. Tant pis aussi pour les retraités qui ne peuvent plus emprunter après 65 ans malgré leur pouvoir d’achat souvent élevé. Les calculs se basant sur le revenu, et non pas sur la fortune amassée au cours de leur vie active, c’est tintin pour les emprunts. Or, à moins de jouer à la roulette, leurs avoirs ne vont pas s’envoler dans les limbes, tandis qu’un salarié peut voir son revenu fondre du jour au lendemain avec la crise économique due au confinement.

L’absurdité de la situation saute aux yeux. Malheureusement, les autorités bancaires restent sourdes et aveugles. Elles opteront toujours pour le risque le plus proche de zéro.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."