Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Obama, roi du marketing

A l’heure du bilan de Barack Obama, une rafale d’éloges dithyrambiques nous est servie par une presse unanimement démocrate, à part de rares voix dissonantes.

Le problème est que dans cette évidente faiblesse de l’analyse résident les racines du phénomène Donald Trump. 

Le principal génie d’Obama est celui de la communication et des relations publiques. Avoir pu mener des politiques porteuses de déséquilibres sociaux, économiques et géopolitiques, tout en étant admiré comme un président progressiste, élégant, un mari aimant, un père dévoué, un orateur éloquent et responsable, c’est là un talent à saluer. Têtes couronnées de la petite bourgeoisie, les Obama sont les Lady Di de la ménagère de la côte est. 

Mais dans les faits, le bilan d’Obama n’est pas reluisant. En huit ans, le nombre d’Américains à la soupe populaire est passé de 28 à 44 millions; le taux de chômage, prétendument tombé de 10 à 4,7%, est en réalité inchangé. Le hic est qu’on calcule le chômage sur toujours moins d’actifs. Depuis 2008, le taux de participation de la population au marché du travail a chuté de 66 à 62,7%. Une part croissante de chômeurs renoncent à chercher un emploi et sortent des chiffres du chômage pour aller gonfler le taux d’inactivité. Si on les réintégrait dans le calcul, le taux de chômage actuel serait d’environ 10%.  

En géopolitique, le Prix Nobel de la paix 2009 est intervenu massivement en Libye (2011), appuie les bombardements saoudiens au Yémen, où il frappe par drones tout comme en Somalie, et a encouragé dès 2012 la militarisation de la révolte en Syrie en appuyant les factions djihadistes. Si ces dernières prenaient le pouvoir, elles instaureraient en Syrie un régime qui serait pire pour la démocratie, les libertés, les droits des femmes et les minorités que celui de Bachar el-Assad. En 2015 et 2016, les Etats-Unis ont largué 47 400 bombes en Syrie et en Irak. 

La dette américaine publique et privée n’a cessé d’enfler: elle atteint 62 500 milliards de dollars, soit 334% du PIB. Historiquement, pareils niveaux de dette n’ont jamais été remboursés, mais réduits à travers un défaut ou une inflation, aux résultats parfois dévastateurs. 

«Le meilleur président de tous les temps» (selon GQ) a signé, en 2008, la loi qui devait réformer en profondeur le secteur financier (Dodd Frank Act) mais le texte a été dilué, et la politique monétaire de la Fed a relancé la spéculation (phénomène qui redistribue les richesses vers les plus hauts revenus). La spéculation s’est échappée dans le shadow banking system, dont la taille a doublé sous sa présidence. 

Son score quant aux libertés et aux droits humains fait pâlir le lustre de façade. Ayant promis de fermer Guantánamo, Obama n’a pas opposé de veto aux restrictions du Congrès, et les transferts de prisonniers traînent jusqu’à ce jour. Il a renoncé à ce que les suspects du 11 septembre soient jugés par les tribunaux fédéraux, les présentant devant des commissions militaires ad hoc de Guantánamo, aux procédures très lentes, destinées à éviter des révélations publiques des détails concernant leur torture. 

La surveillance de masse s’est accrue sous Obama, héritier sur ce plan des programmes de George W. Bush. Edward Snowden a alerté le public au sujet de ces programmes, et les violations de la sphère privée dévoilées par le lanceur d’alerte fugitif restent inchangées. 

Bref, si Donald Trump a été élu, ce n’est pas «la faute aux Russes». La paupérisation des travailleurs qui formaient le socle de l’électorat démocrate n’est pas la faute aux Russes. La Russie est un piètre alibi des démocrates qui, au lieu de prendre leurs responsabilités, veulent cacher leurs échecs sous une montagne de victimisation et de marketing. Le populisme peut les en remercier.

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