Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

O tempora, o mores.*

«Dans mon réseau social ». Une rubrique a priori consacrée au 2.0, puisqu’il semblerait que le premier réseau social ait été inventé par un certain Z. en février 2004.

Désormais et depuis, lorsque l’on évoque les termes « réseau social », on s’imagine tout et son contraire : des autistes, des no-lifes, des geeks, des hipsters, des blogueurs, des Community managers (vous aurez remarqué la majuscule…), mais aussi : des photos bizarres, des chats ou des chanteurs sud-coréens qui font n’importe quoi propulsés rois du web, des informations confidentielles faisant le tour du monde, des révolutionnaires masqués ou non, des échanges de haut vol, des gaffes improbables, des spots délirants de 11 minutes pour des marques qui ont compris que de ne pas parler d’elles-mêmes créé davantage d’intérêt que l’autocentrisme (tiens, ça pourrait faire un sujet pour une chronique, ça), bref, tout et son contraire.

Pourtant, pour vous parler « d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », j’ai vécu à une époque où le « réseau social » n’avait d’autre définition que celle du cercle de connaissances réel, constitué de gens que l’on connaissait plus ou moins, que l’on voyait de temps en temps ou plus fréquemment. Ces gens-là, on les appelait, pour de vrai, et on n’avait pas besoin de se demander « t’es où ? ». Parce qu’à cette époque-là, personne n’aurait eu l’idée de se déplacer avec son téléphone à fil, sauf jusqu’au canapé ou au mieux, sa chambre (juste pour que les parents n’écoutent pas).

À cette époque, quand on « partageait », on le faisait ensemble, je veux dire, dans la même pièce. Les films, on les regardait ensemble ou on se les passait physiquement, sur un truc obsolète qui ressemblait à une cassette, mais en plus grand (quelqu’un sait encore à quoi ressemble une cassette ?). D’ailleurs, quand on enregistrait un truc à la télévision ou à la radio, on avait parfois droit à des surprises : coupure avant le dénouement, titre interrompu par la publicité, cassette trop courte

Quant à la musique, point de Shazam pour découvrir le nom du morceau coup de cœur du moment : il fallait le fredonner bêtement chez un disquaire ou avoir repéré quelques paroles essentielles faisant office d’indices. Et puis, il fallait être sélectif : on partait rarement avec 60 cassettes et son walk-man en déplacement, et quand un titre nous déplaisait, il fallait AVANCER jusqu’au morceau suivant en espérant tomber juste.

Cela avait ses avantages : on connaissait nos cassettes par cœur, l’ordre des morceaux, on pouvait dessiner des trucs absurdes sur la couverture en papier ou en carton, et ses inconvénients : on connaissait nos cassettes par cœur, l’ordre des morceaux, on planquait les dessins absurdes sur la couverture en papier ou en carton et parfois, il fallait se munir d’un crayon pour remettre la bande en place lorsque celle-ci déraillait…

À me lire, on dirait presque que je suis nostalgique, moi qui suis connectée 20 heures sur 24 à mon doudou technologique, qui communique avec mes amis via Facebook, donne mon avis sur Twitter et écris pour une audience que je mesure à coups de Google Analytics… Eh bien oui, je le suis. Non pas parce que mon réseau social est devenu virtuel – il ne l’est pas vraiment – mais parce qu’autrefois, mon réseau social était riches de dizaines de petits rituels nés de la contrainte technique, et qu’aujourd’hui, tout est devenu plus facile. Trop, peut-être.

 

* Quelle époque ! Quelles mœurs !

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