Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

O dux, meus dux. *

Nous sommes tous les produits de ce que nous avons vu, entendu, aimé ou détesté. De l’éducation de nos parents, évidemment, de nos rencontres, humaines, littéraires, cinématographiques, artistiques en général. Et puis, nous sommes aussi tributaires de notre personnalité, de notre sensibilité à tous ces éléments. Au final, c’est bien le mélange entre ce que nous traversons et comment nous y réagissons qui fonde notre personnalité et la construit.

Comme beaucoup, en me réveillant ce matin, j’ai appris, via les réseaux sociaux, le décès de Robin Williams, un acteur de 63 ans. Du Huffington post au Matin, de mes contacts professionnels à mes contacts privés, la plupart relayaient en ce mardi 12 août 2014 l’annonce de la disparition d’un « Grand Monsieur » du cinéma. Un comique. Ou plutôt, une personnalité capable de vous faire passer du rire au larmes en une seule scène. Car il en va ainsi des plus grands boute-en-train du 7ème art : ce sont également les meilleurs dramaturges.

Mais vous vous demandez peut-être pourquoi cette chronique consacrée à Robin Williams dans un média destiné aux cadres et aux dirigeants de notre beau pays ? Eh bien, parce que, comme toute une génération rivée devant le Cercle des poètes disparus, j’y ai découvert une notion mise à toutes les sauces de nos jours : le leadership. En 1989, les larmes aux yeux et une boîte de kleenex à la main, M. Williams, ou plutôt, Monsieur Keating, m’a permis de comprendre ce qui fait la particularité d’un homme capable d’emmener d’autres hommes, non via une autorité légitimée par un système, mais grâce à l'autorité émanant d’une personnalité hors norme.

Car c’est bien là, la force du leader. Et c’est également la raison pour laquelle – malgré les conseils et astuces omniprésents sur les réseaux sociaux pour en devenir un – la majorité de nos congénères pourront, au mieux, devenir de bons chefs, de bons managers, mais JAMAIS, des leaders.

Le leader, c’est d’abord un regard. Un regard sur l’ordre établi, sur les failles et les forces d’un système. Une capacité à remettre en question ce qui est présenté comme immuable et de distinguer l’indispensable du superflu dans cette immuabilité. Le leader, c’est quelqu’un qui ne se satisfait pas d’un « c’est comme ça », mais qui cherche à voir « comment cela pourrait être autrement ». Le leader est un être habité qui, comme tout être habité, intrigue et inspire.

Le leader ne puise pas sa motivation dans l’argent, ou dans l’ascension sociale : il la puise dans sa conviction de pouvoir changer le monde, le rendre meilleur. Le leader ne réfléchit pas en termes de problèmes, il réfléchit en termes de solutions. Et le plus souvent, dans la grande armoire d’un système, il envisage les tiroirs non comme des cases séparées, mais comme des ressources à disposition, parfaitement imbricables les unes dans les autres.

Plus important que tout, le leader ne s’arrête pas là où son intérêt personnel est mis en danger : il sait que son intérêt personnel sera forcément mis en danger là où il compte aller. Et c’est bien pour cette dernière raison que les leaders ne sont pas aussi nombreux en entreprises qu’ils le sont dans les films qui nous inspirent.

Et c’est aussi pour cette dernière raison que nous aimons tant les M. Keating qui peuplent le cinéma : parce qu’ils sont capables d’aller à l’encontre de tout ce que nous avons construit pour que nous puissions aller à la rencontre de qui nous sommes vraiment. Pour que nous puissions nous lever, monter sur une table après avoir déchiré tout ce qui nous enfermait et que nous puissions dire « ô capitaine, mon capitaine ». En nous sentant plus libres que jamais.

 

*Ô capitaine, mon capitaine.

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