Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Nous vivons dans un monde complexe

Nous entendons souvent dire à propos des enjeux du réchauffement climatique, de la lutte contre Daech, ou de la transformation digitale : « C’est compliqué ». Ce qui est simple serait donc préférable. Or la réalité est que nous vivons dans un monde non pas compliqué mais « complexe ».

En effet, l’idée de la « pensée complexe » développée par le sociologue Edgar Morin exprime le fait d’appréhender le monde en acceptant les imbrications de chaque thème et de chaque domaine de la pensée et en vivant au quotidien la transdisciplinarité. « Complexe » est pris au sens étymologique du mot « complexus » - « ce qui est tissé ensemble ». Etre « complexe » ne signifie donc pas être compliqué, mais capable de transgresser les frontières et les préjugés, de passer d’un domaine de connaissance à l’autre, de lier les enjeux entre eux, et de savoir se décentrer. Nous avons appris à séparer alors qu’il vaut mieux apprendre à relier, c’est-à-dire à établir une connexion qui se fasse en boucle, de manière auto-productive. Le morcellement et la compartimentation de la connaissance en disciplines non communicantes produit des ignorances globales, et soulèvent en effet la question de la contextualisation et de la compréhension des enjeux du monde moderne. On ne peut pas comprendre les enjeux de la lutte contre Daech sans comprendre le conflit entre sunnites et chiites, les enjeux régionaux entre Téhéran et Riyad, le conflit israélo-palestinien, la fin de mandat du président Obama, le retrait des troupes américaines d'Irak, l'accès aux ressources pétrolières, le retour de la Russie sur la scène internationale, et l'état embryonnaire de la politique étrangère et de défense de l'Union européenne. Et caetara...

Selon Edgar Morin, seule une pensée complexe peut nous armer face à la métamorphose individuelle, sociale et anthropologique à laquelle nous assistons, et aux contradictions que nous affrontons chaque jour: l’ordre ne va pas sans le désordre, la civilisation comporte la barbarie, la science éclaire et aveugle à la fois, la démocratie comprend la régulation des antagonismes, les nouvelles technologies compriment le temps alors que l’homme vit au gré des saisons, la rigueur est efficace à condition d’une certaine flexibilité, et la nuit engendre le jour.

Aujourd’hui, l’analphabète n’est pas celui qui ne sait ni lire ni écrire. C’est celui qui ne peut pas - ou ne veut pas - apprendre, désapprendre et réapprendre en permanence. Nous devons constamment passer du local au global, et vice-versa, d’un tropisme à un autre, du village au monde, d'une déclaration à l'autre, et nous nourrir du multiculturalisme et de la mise en perspective. En ce sens, la capacité d’autocritique et d’adaptation devient le nouveau paradigme de l’homme moderne, affranchi des barrières linguistiques, territoriales et ethniques. Pour éviter de sombrer dans les affres d’une paralysie morale et intellectuelle, nous devons faire nôtre l’idée d’un monde complexe, et sans cesse bâtir une passerelle avec l’autre. Les enjeux de la communication moderne s’inscrivent pleinement dans ce changement de paradigme en ce sens que la communication est changement, adaptation et évolution permanente.

 

 

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